Samedi 28 février 2009 6 28 02 2009 23:05

Introduction

La mer des Caraïbes est circonscrite à l’est par des îles qui présente des caractéristiques historiques et culturelles convergentes, et au sud et à l’ouest par la bordure continentale américaine. Si cette structuration géographique favorise les échanges, elle est aussi le reflet de l’opposition qui existe entre les différents États de la région. En effet, l’insularité se traduit par une exacerbation des faits observables à une échelle plus grande (continentale) : forte densité, macrocéphalie urbaine, absence de diversification économique, etc.

L’espace étudié comprend les petites îles qui s’étirent de la passe d’Anegada, non loin d’Anguilla, aux îles sous-le-vent (proches du Venezuela), en y incluant l’État le plus méridional des Petites Antilles, Trinidad et Tobago.

La situation actuelle des États insulaires caribéens est le fruit d’une longue évolution, qui prend en compte les critères économiques et démographiques. La situation économique qui est habituellement associée à la santé politique de ces territoires, a également des effets sur le devenir des populations locales. Ce sont tous ces aspects qui seront débattus dans cette étude.

 

I. La démographie caribéenne

L’évolution démographique des îles de la Caraïbe renvoie à un modèle, où se conjuguent tous les extrêmes (figure 1) ; à titre d’exemple, de 1960 à 2005, l’île de Montserrat a perdu 58,3 % de sa population, alors qu’au cours de la même période Aruba a doublé la sienne.

De 1960 à 1980, la faible croissance démographique de l’île de Montserrat fut le résultat du peu de perspectives économiques offert à la population ; les autorités locales poussant même les plus jeunes à émigrer vers la Grande-Bretagne. A cela s’est ajouté une succession de catastrophes naturelles (en 1989, le passage de l’ouragan Hugo qui  balaya l’île, puis en 1995 et 1997, les éruptions volcaniques de la Soufrière qui détruisirent tout le sud de l’île) qui sous-tendirent un véritable bouleversement économique et social ; près des deux tiers de la population quittèrent l’île pour se réfugier à Antigua et au Royaume-Uni.

A Saint-Kitts et à Nevis, l’évolution démographique est négative, elle aussi, mais contrairement à Montserrat, c’est la fermeture de l’entreprise sucrière nationale (en juillet 2005) qui en est la cause. L’émigration est donc très importante sur cette île, où depuis les années 1970 ce sont plus de 20 % de la population qui se sont exilés au Canada, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et dans les autres îles de la Caraïbe.  

 

D’autres îles sont au contraire démographiquement très prospères ; c’est le cas d’Anguilla, de Sainte-Lucie ou encore d’Aruba. 

Le cas d’Aruba est toutefois particulier car, si l’activité touristique a joué un rôle de stimulant économique (notamment par la construction de nombreux hôtels), son positionnement comme véritable paradis fiscal et sa stabilité politique sont autant d’éléments favorables. Dans les autres îles, les divergences sont nombreuses et les adaptations nécessaires pour éviter d’en revenir au schéma classique : chômage = émigration = meilleure condition de vie pour les populations.

 

II. Économie : une combinaison des situations les plus extrêmes

Dans la Caraïbe, les écarts de richesse sont importants ; en 2002, le PIB par habitant oscillait de 2737 $ (à Saint-Vincent et aux Grenadines) à 19884 $ (Aruba). Le PIB moyen par habitant s’établissant à 8927 $ (2002).

L’exemple de la Barbade est très parlant. Cette île possède un PIB/habitant proche de la moyenne et a connu une croissance économique positive au cours de l’année 2005, ce qui s’explique par une amélioration de la conjoncture économique de ses principaux clients états-uniens et européens. Comme la plupart des États touristiques, la Barbade a dû faire face au contre-coup des attentats du 11 septembre 2001, ce qui a fragilisé son économie en 2002 et en 2003 ; le gouvernement barbadien a tout de même réussi à redresser la barre, en s’appuyant notamment sur une diversification de l’offre touristique (organisation d’activités sportives internationales : championnats de criquets, coupe du monde de golf, etc.) et sur le développement de services financiers, principaux pourvoyeurs de devises étrangères. Cette nouvelle politique économique et cette diversification des activités (figure 2) permirent à l’île de renouer avec la croissance qui demeure toutefois fragile (Best, 2006).  

 

Dans la Caraïbe insulaire, nombreux sont les États à avoir fait le choix de la diversification de leur économie face au déclin du secteur agricole, à un taux de chômage élevé et à une population en constante évolution. Saint-Kitts et Nevis, par exemple, se sont orientés vers le développement des activités touristiques et des services financiers, ce qui leur permet d’obtenir des devises étrangères.

Les Antilles néerlandaises, les Antilles françaises et l’île d’Aruba, présentaient en 2002 les plus hauts PIB/habitant avec respectivement 12189 $, 17974 $ et 19884 $. Ces économies fonctionnent essentiellement grâce à l’industrie touristique, et dans le cas des Antilles françaises grâce aux transferts financiers avec la France qui tendent à bonifier l’état de « santé économique » de la Martinique et de la Guadeloupe.

A l’inverse, les îles de la Dominique, de Saint-Vincent et des Grenadines font partie des États les plus pauvres de la Caraïbe avec un PIB/hab. oscillant de 2937 à 3291 $ (INSEE, 2004). Le tourisme et l’agriculture sont les principales sources de revenus de ces îles, sachant que  40 % des revenus dominiquais proviennent du secteur agricole et que les revenus de l’industrie touristique connaissent une augmentation annuelle de 5 % (Caribbean Development Bank, 2003).

Depuis quelques années, ces écarts de richesse (d’une île à l’autre) font l’objet d’une attention particulière, la Banque Caribéenne de Développement ayant pour objectif principal de réduire puis d’éradiquer la pauvreté (Alfred, 2005).

 

III. La pauvreté au sein des États insulaires caribéens

Aujourd’hui, la population caribéenne est confrontée à la pauvreté, et la détresse sociale est souvent associée à de vraies carences économiques. Les catastrophes naturelles ont également un impact sur l’économie de ces territoires, accentuant encore l’enlisement des problèmes sociaux, comme c’est le cas à la Dominique, par exemple.

Le Commonwealth de la Dominique fait partie des pays dont la population se situe très largement au-dessous du seuil de pauvreté (40 % environ) ; c’est aussi le cas de la Grenade (32 % en 1998), de Saint-Kitts (31 % en 1999), de Nevis (32 % en 2000), puis de Saint-Vincent et des Grenadines (38 % en 1995). Sainte-Lucie, Trinidad et Tobago et l’île d’Anguilla se situant entre 20 et 29 % au-dessous de ce seuil ; en 1997, la Barbade affichait un taux de pauvreté de 14 % (Alfred, 2005).

Si 40 % de la population dominiquaise vit au-dessous du seuil de pauvreté, c’est la traduction d’un environnement économique en crise. Cette misère affecte près d’un enfant sur deux et près de 37 % des ménages n’ont pas accès à l’eau courante et aux équipements sanitaires (UNDP, 2002). Tous ces éléments conduisent les populations à émigrer vers d’autres pays. Bien que la pauvreté semble plus importante dans les espaces ruraux, elle est moins perceptible que dans les villes, où elle est extrêmement visible. Au sein des espaces ruraux, le manque d’équipements, de services et surtout les difficultés d’accès au réseau électrique, à l’eau potable ou simplement aux sanitaires sont les traductions de cette misère (Alfred, 2005).

 

Conclusion

Les villes de la Caraïbe accueillent des populations de plus en plus importantes et l’urbanisation se traduit par une densification de la population, ainsi que par l’accentuation de la ségrégation sociale, spatiale et économique.

Il est évident que la population caribéenne est le reflet de critères (historiques, culturels, sociaux, etc.) convergents, mais l’évolution démographique et les choix politico-économiques ont été très différents d’une île à l’autre. Ces mutations révèlent une hétérogénéité au sein des espaces insulaires, ce qui se traduit par des déséquilibres socio-économiques importants et un attrait pour certaines îles.

 

 

Bibliographie

- Alfred O. 2005. Heath distinguished speakers’ forum university of the Virgin Islands. Poverty and its alleviation in the Caribbean. S.L. : S.N. (non paginé).

- Best, T. 2006. Bajans high on list of wealthiest. S.L. : S.N. (non paginé).

- Caribbean Development Bank. 2003. Annual Economic Review 2003, New-York : UNDP, p. 46.

- Country Poverty Assessment. 2003. Final Report, Volume 1 of 2. S.L. : Halcrow Group Limited, 216 p.

- Filgueira, C., Lombardi, M. 1995. Part II: Social policy in Latin America, 4. Social Policy in Latin America, in Social policy in a global society. Parallels and Lessons from the Canada–Latin America Experience. S.L. : Edited by Daniel Morales-Gómez and Mario Torres A.

- INSEE. 2004. Panorama de l’espace Caraïbe. Paris : INSEE.

- Pan American Health Organization (PAHO). 2002. Basic country health profiles for the Americas, Saint-Lucia. S.L. : PAHO.

- United Nations. 2004. World Urbanization Prospects: the 2003 Revision., data set in digital form. New-York : Population Division of the Department of Economic and Social Affairs of the United Nations Secretariat (non paginé).

- World Population Prospects. 2004. The 2004 Revision Population Database. Official UN estimates (1950-2005) and projections (2005-2050). S.L. : S.N. (non paginé).



Par Didier MOULLET, Pascal SAFFACHE, Anne-Laure TRANSLER - Publié dans : Publications sur les DFA - Communauté : Ecosphere 21
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

Recommander

Liens

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés