Introduction
Avec une superficie de 158 km2, l’île de Marie-Galante est la plus grande dépendance de l’archipel guadeloupéen et se situe à 40 km de l’île principale. Fréquemment surnommée la « grande galette », en raison de sa forme ronde, cette île calcaire qui totalisait un peu plus de 12000 âmes au dernier recensement (INSEE, 1999), a une vocation essentiellement cannière, héritage de l’époque coloniale.
En raison de sa localisation géographique, cette île jouit d’une double insularité ; cette situation particulière a rendu encore plus difficile son développement économique, ce qui a conduit les maires des trois communes de l’île (Grand-Bourg, Capesterre et Saint-Louis), à jouer la carte de la coopération intercommunale. Cet élan vit le jour au milieu des années 1960 et pris son essor en 1994 avec la création d’une communauté de communes.
Si les déséquilibres spatiaux et socio-économiques sont importants entre la Guadeloupe et Marie-Galante, il en est de même au sein des trois collectivités qui composent la communauté de communes. S’il est vrai que les quarante dernières années ont été relativement bénéfiques sur le plan de la coopération intercommunale, de nombreux problèmes (dépôts sauvages, décharges non-autorisées et polluantes, rejets divers, etc.) semblent ne pas avoir encore trouvés de remèdes adéquats. Ces aspects seront donc présentés, analysés et des solutions proposées.
I. Petit historique de la coopération intercommunale
Les communes n’ayant pas toujours la possibilité de répondre aux besoins de leurs administrés, il est de plus en plus fréquent qu’elles choisissent la carte de la coopération intercommunale pour optimiser la gestion de leurs services : traitement des déchets, assainissement, transport, électrification, etc.
L’île de Marie-Galante ne regroupant que trois communes, ses élus ont opté dès les années soixante pour une démarche associative avec la mise en place d’un Établissement Public de Coopération Intercommunale (EPCI) de services ; le 21 décembre 1965 un Syndicat Intercommunal à Vocation Unique (SIVU) fut donc créé pour répondre aux problèmes de l’électrification. Par la suite, une collaboration plus forte se tissa entre les trois municipalités (Grand-Bourg, Capesterre et Saint-Louis) qui étendirent les compétences de leur EPCI à d’autres services. Ainsi, naquit le SIVOM ‘Syndicat Intercommunal à Vocation Multiple) en 1966.
L’isolement de Marie-Galante et ses problèmes d’aménagement et de développement renforcèrent le besoin de coopération. Ainsi, depuis la création du SIVOM, cette structure ne cessa d’élargir ses compétences avec notamment la gestion de l’abattoir et de l’appontement de Folle-Anse, ainsi que la gestion des problèmes d’assainissement, d’adduction d’eau ou encore l’organisation du transport urbain. La suite logique de cette coopération si suivie, fut la création le 18 janvier 1994 de la communauté de communes de Marie-Galante.
Si cette coopération intercommunale – vieille de 40 ans – a permis de véritables avancées économiques, sociales et plus généralement un véritable développement, certains problèmes ne sont toujours pas réglés. En matière de protection de l’environnement par exemple, le stockage des déchets nuit considérablement à l’image touristique de l’île. A l’heure où les élus marie-galantais se sont lancés dans la mise en place d’un Plan de Développement Durable (PDD), il importe de trouver des réponses appropriées aux nuisances environnementales que subit l’île.
II. Des problèmes récurrents : gestion de l’eau, rejets de distilleries et de stations d’épuration, présence de décharges non autorisées
Le premier agenda 21 local guadeloupéen fut initié en 1999 par les élus marie-galantais ; ces derniers s’engagèrent à mettre en place un plan de développement durable à l’échelle de la communauté de communes. Si cet engagement est louable, il n’empêche que de nombreux problèmes subsistent et sont susceptibles de nuire à la crédibilité de ce plan. A titre d’exemple, un nouvel abattoir intercommunal fut créé dans la commune de Grand-Anse et équipé d’une station permettant de traiter la plupart des rejets organiques avant leur évacuation en mer. En dépit de ce progrès certain, l’assainissement général de l’île présente encore de nombreuses lacunes : certains administrés ne sont toujours pas raccordés au réseau de tout à l’égout et les rejets d’eaux usées se font directement dans les mares et les ravines accentuant ainsi l’eutrophisation des milieux aquatiques. En réalité, seules les communes de Grand-Bourg et de Saint-Louis disposaient au dernier recensement (1999) d’une véritable station d’épuration. Cette situation sanitaire alarmante fut confirmée par le diagnostic réalisé par la Direction Départementale de l’Equipement (DDE) de Guadeloupe, qui recensa à Marie-Galante près de 64 sites soumis à des nuisances graves. Les communes de Grand-Bourg, de Capesterre et de Saint-Louis ont respectivement 24, 23 et 17 points de rejets polluants. Si 70 % de ces rejets résultent des eaux pluviales, la pollution industrielle est bien présente, particulièrement au niveau de la sucrerie et de la distillerie de Folle Anse (commune de Grand-Bourg) dont les effluents, riches en matière en suspension, colmatent la partie sommitale des platures coralliennes et recouvrent les herbiers de phanérogames les empêchant durablement de croître.
Les macros déchets présents à Marie-Galante ont eux aussi un impact écologique notable. Leur prolifération résulte de la présence de trois décharges non autorisées : celle de Les Galets à Capesterre, et les deux décharges de Folle Anse. Si la loi européenne du 12 juillet 1992, interdit la mise en décharge des déchets bruts au-delà du 1er juillet 2002, il s’avère que son application est actuellement impossible à Marie-Galante en raison de sa double insularité. En effet, exporter les déchets marie-galantais sur l’île de la Guadeloupe dans le but de les incinérer n’est pas viable. Ainsi, les déchets collectés sur l’île sont à la charge de la communauté de communes qui les entrepose dans les trois décharges non autorisées à l’origine de nuisances importantes : écoulement d’eaux de lixiviation, nuisances olfactives et visuelles, prolifération de rats, de chiens errants, etc.
Aux décharges non autorisées s’ajoutent des décharges « sauvages », disséminées sur l’ensemble du périmètre communautaire, dans lesquelles on retrouve essentiellement des carcasses de voitures ou encore des résidus de matériaux de construction. Ces nuisances sont très nocives pour l’image touristique de l’île.
En dépit de la mise en place d’un Plan Départemental d’Elimination des Ordures Ménagères et Assimilés (PDEOMA), il apparaît que les solutions proposées pour assainir le périmètre communautaire sont difficilement applicables à l’île de Marie-Galante. Huit ans après sa mise en place, ce plan n’a toujours pas répondu au vrai problème de gestion des déchets ; sa révision s’avère donc nécessaire pour que des mesures adaptées soient mises en œuvre à l’échelle de la Guadeloupe et de ses dépendances.
III. Quelques propositions concrètes
Bien que la communauté de communes de Marie-Galante œuvre beaucoup pour le développement et l’aménagement de ses communes membres, certains problèmes demeurent insolubles actuellement.
Du point de vue de l’assainissement des eaux usées, la mise en place d’une station d’épuration de grande capacité est un investissement onéreux qui ne pourra être supporté en totalité par l’EPCI ; dans ces conditions, ne faudrait-il pas multiplier les minis stations d’épuration en optimisant leur rendement et leur suivi ?
En ce qui concerne les rejets industriels, la solution ne serait-elle pas de mettre les propriétaires face à leurs responsabilités ? Il existe une réglementation en vigueur (installations classées), à laquelle les industriels doivent se conformer ; ils pourraient profiter aussi pour valoriser certains rejets comme la bagasse par exemple, qui constitue une véritable source d’énergie renouvelable, susceptible d’être réintégrée sous forme de combustible dans le cycle de la production sucrière. Bien que les installations qui permettent de valoriser les vinasses soient plus coûteuses, elles permettent d’obtenir de l’engrais de bonne qualité. Ces actions en faveur de l’environnement permettrait à l’île de rentrer de plein pied dans une vraie politique de développement durable.
Aujourd’hui, il n’y a pas de solutions miracles et il s’avère primordial d’associer les administrés à la protection de l’environnement. La fabrication de compost à l’échelle domestique devrait permettre d’éliminer et de valoriser les déchets verts et organiques.
En ce qui concerne les matières recyclables (verre, carton, plastique, etc.), la solution du tri sélectif semble la démarche la plus adaptée. Ainsi, sans une prise de conscience des administrés la gestion des déchets sera inefficace.
Conclusion
Les problèmes environnementaux de l’île de Marie-Galante ne doivent pas rester sans réponses, et ce sont les élus qui doivent trouver les bons partenaires et les bonnes solutions de façon à réduire les nuisances et permettre une vraie protection de l’environnement.
Bibliographie
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- Saffache P. 2002. Martinique et Guadeloupe : sanctuaires coralliens ou cimetières sous-marins ? Aménagement et Nature, 143-144, p. 77-82.
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