L’exploitation aurifère en Guyane : pour une prise de conscience des dégradations
Didier MOULLET, Pascal SAFFACHE
Université des Antilles et de la Guyane, Campus de Schœlcher, Département de Géographie, BP 7207, 97275 Schœlcher Cedex, Martinique
Aujourd’hui, certaines expertises permettent d’apprécier l’origine du mercure présent dans les sols et les fleuves guyanais. S’il est vrai que l’activité aurifère accentue la présence de ce métal dans le milieu, elle permet aussi de mieux localiser les pôles émetteurs.
L’orpaillage affecte le milieu de deux façons : par contamination directe (l’usage de ce métal par l’orpailleur) et indirecte (une dégradation des zones d’exploitation - érosion, déforestation - qui remet en circulation le mercure stocké dans le sol).
Pour mieux cerner l’impact du mercure sur le milieu, les principaux facteurs de contamination et les méthodes sous-tendant leur diminution seront présentés. Un bref rappel historique sera réalisé afin de mieux cerner cette activité en Guyane.
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I. Du mythe de l’eldorado aux firmes multinationales
Le premier gisement aurifère guyanais fut découvert en 1855 par un brésilien d’origine amérindienne (Paoline) dans un des affluents de l’Approuague. Il rapporta quelques grammes d’or au commissaire de son quartier (Félix Couy) qui devint le premier européen à exploiter un gisement en Guyane française (Strobel, 1998).
L’activité aurifère clandestine débuta aussitôt ; des titres d’exploitation furent pourtant délivrés légalement, mais les demandes étant supérieures à l’offre, les défrichements clandestins se multiplièrent. Il est à noter que les pôles d’émission de la main-d’œuvre aurifère dépassèrent très largement les frontières guyanaises (Carmouze et al., 2001).
Un autre élément contribua aussi à cette ruée vers l’or : après l’abolition de l’esclavage en 1848, l’ancienne main-d’œuvre servile boycotta l’économie de plantation au profit de l’activité aurifère. Si au début, les principales exploitations appartenaient à des européens (anciens propriétaires d’esclaves), d’anciens esclaves devinrent très rapidement exploitants.
Aujourd’hui, l’activité clandestine est un véritable fléau en Guyane française et les tentatives d’éradication s’avèrent infructueuses, en raison de l’immensité du territoire (90 000 km2). Il n’empêche qu’elles sont nécessaires, car les conditions de travail des clandestins sont précaires (manque d’hygiène, absence de soins en cas d’accidents, exposition aux métaux lourds) et les atteintes au milieu nombreuses (déforestation, érosion des sols, pollution des sols et des rivières).
Bien que l’orpaillage soit le mode d’exploitation des gisements aurifères le plus répandu en Guyane française, certaines PME et firmes multinationales commencent à s’intéresser aux « filons ». Leurs activités demeurent toutefois circonscrites en raison de l’absence de prospection minière ; en effet, ces entreprises ne peuvent se lancer aveuglément dans une exploitation sans disposer au préalable d’un inventaire géologique, leur permettant d’obtenir un aperçu du potentiel minier de la région. A partir des inventaires miniers réalisés par le BRGM, le potentiel de la Guyane française fut mis à jour et de nombreuses firmes multinationales investirent des sommes colossales en peu de temps (Carmouze et al., 2001).
Si l’activité aurifère est importante en Guyane française, son impact environnemental l’est tout autant. Cependant, c’est surtout l’orpaillage clandestin qui est pointé du doigt, car il favorise l’imprégnation et/ou la dissémination mercurielle ; le mercure étant utilisé par les orpailleurs dans le but d’amalgamer les paillettes d’or.
II. La contamination mercurielle
Bien que le mercure soit un élément naturellement présent dans les sols guyanais (Roulet et al, 2001), ce sont les techniques employées par les orpailleurs qui accentuent sa concentration et la pollution du milieu.
Si les acteurs du secteur aurifère légal font de nombreux efforts pour préserver l’environnement – les firmes multinationales devant réhabiliter les sites exploités – l’orpaillage clandestin est très nocif, car il consiste à récupérer de fines paillettes d’or en dénudant le sol (très souvent à l’aide de moyens semi-industriels : pelles mécaniques, pompe à eau à haute pression, etc.) et en le mélangeant à de l’eau afin d’obtenir une solution turbide ; l’ensemble est ensuite associé à du mercure pour faciliter l’amalgame des paillettes d’or. Il faut près de 1,3 kg de mercure pour amalgamer 1 kg d’or. L’amalgame est ensuite récupéré puis pressé et la pâte obtenue est chauffée de façon à éliminer 70 % du mercure résiduel (Carmouze et al., 2001). Le mercure utilisé par les orpailleurs est souvent rejeté dans le milieu où il s’associe au mercure présent naturellement dans les sols. Par bio-accumulation ce mercure se fixe dans les chairs des poissons qui sont ensuite consommés par les populations riveraines. Une étude de l’InVS et de l’INSERM (1994) a mis en lumière l’imprégnation mercurielle de la population Wayana (population amérindienne de Guyane Française) ; près de la moitié des individus sélectionnés concentrent des teneurs en mercure supérieures aux normes recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé (10 µg/g) ; cela résulterait de leur consommation quotidienne de poissons. L’orpaillage est donc l’un des principaux facteurs de contamination de la chaîne trophique.
III. Quelques méthodes de surveillance et de sensibilisation
La photographie aérienne et les images satellitales sont des outils qui permettent d’obtenir des informations précises relatives à l’activité aurifère (localisation des sites clandestins et vérification des périmètres d’exploitation des sites légaux d’exploitation). Grâce à la réflectance il est possible d’apprécier la turbidité de l’eau, la nature de cette dernière et la profondeur des cavités (barranques) creusées par les orpailleurs. Il est ainsi possible de surveiller le développement de l’activité aurifère et ses effets sur le milieu.
D’autres procédures, mises en place par la DRIRE, consistent à éduquer les orpailleurs en leur faisant prendre conscience des dangers qu’ils encourent à manipuler le mercure et l’impact que leurs rejets ont sur le milieu.
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Bien que ces solutions n’aient pas encore donné de résultats quantifiables, elles représentent tout de même un espoir pour la sauvegarde du milieu.
Bibliographie
- Carmouze J.-P. et al. 2001. Le mercure en Amazonie : rôle de l’homme et de l’environnement. Paris : IRD éditions, Collection Expertise Collégiale, 494 p.
- Charlet L., Boudou A. 2002. Cet or qui file un mauvais mercure, La recherche, 359, p. 52-59.
- Huyghues-Belrose V. et al. 1988. L’orpaillage en Guyane : du siècle des lumières aux années folles. Seconde édition revue et corrigée, S.L. : publié sous les auspices du Conseil Général.
- Institut de Veille Sanitaire (InVS), Institut National de la Santé et de la
Recherche Médicale
- Polidori L. n.d. Introduction à la télédétection spatiale. Cours de télédétection : École supérieure des géomètres et topographes, p 16-17.
- Strobel M.B. 1998. Les gens de l’or. Matoury : Ibis Rouge Éditions, p 71-114.