L’orpaillage en Guyane Française : conséquences sur les milieux rivulaires et marins
Didier MOULLET, Pascal SAFFACHE
Université des Antilles et de la Guyane, Campus de Schœlcher, département de géographie, BP 7207, 97275 Schœlcher Cedex, Martinique
Nombreux sont les explorateurs qui pensaient trouver en Guyane française la fabuleuse contrée appelée Manoa où l’or abondait. Si l’or de la Manoa n’a jamais été découvert, un premier gisement d’or fut mis à jour en 1855.
Si l’extraction aurifère est aujourd’hui l’un des moteurs de l’économie guyanaise, il n’en demeure pas moins qu’elle sous-tend d’importantes nuisances environnementales. L’activité des firmes multinationales et des PME – qui exploitent les gisements primaires – est clairement définie par des notices qui leur imposent une réhabilitation des sites après exploitation ; cela n’empêche pas pour autant les dégradations paysagères et la pollution. Cependant, des dégradations bien plus importantes sont pratiquées à l’abri des regards au cœur de la forêt guyanaise : l’orpaillage clandestin est devenu l’une des principales nuisances pour l’homme et le milieu en Guyane. Les dégradations qui sont liées à cette activité sont nombreuses (contamination mercurielle, érosion, rejet d’hydrocarbure, mise en place de décharges sauvages, etc.) et les conséquences sanitaires – notamment pour les populations riveraines – préoccupantes.
Aussi, il faut tenter de comprendre comment de grandes quantités de mercure se retrouvent dans les fleuves et le milieu marin guyanais ; enfin, quelques pistes seront énoncées en vue d’améliorer la surveillance de ces activités clandestines.
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I. L’orpaillage clandestin : un danger pour l’homme et le milieu
Bien que l’orpaillage clandestin démarra dès la découverte des premiers gisements aurifères guyanais, son intensification pose aujourd’hui un véritable problème aux pouvoirs publics. La forêt guyanaise est, en effet, un véritable océan de verdure au sein duquel la surveillance ne peut être efficace ; les orpailleurs savent qu’ils peuvent donc y œuvrer en toute impunité.
Les techniques qu’ils emploient sont responsables des dégradations occasionnées au milieu naturel : il y a d’abord l’action érosive qui augmente la turbidité de l’eau dans les fleuves et sous-tend le déplacement de grandes quantités de sédiments terrigènes en direction du milieu marin, favorisant la disparition de la faune et de la flore. A cela s’ajoute la contamination mercurielle ; les sols guyanais sont naturellement riches en mercure et leur lavage par les orpailleurs (dans le but d’extraire de la boue des paillettes d’or) libère ce métal sous sa forme la plus élémentaire.
Toutefois, les orpailleurs utilisent aussi du mercure pour amalgamer les paillettes d’or. Aussi, cet apport mercuriel anthropique s’associe à celui qui est libéré par l’érosion des sols. Lors de la destruction de l’amalgame, une part importante de mercure est déversée dans la nature ou se volatilise lorsque l’amalgame est chauffé ; les retombées atmosphériques se font le plus souvent à proximité des campements illégaux ; les orpailleurs clandestins sont donc sujets à ce type de pollution et de contamination.
Les populations qui vivent à proximité de ces campements sont les victimes d’une contamination encore plus forte ; celle-ci résulte de la forme la plus toxique du mercure que l’on retrouve dans les chairs des poissons.
II. La contamination mercurielle
Un processus de bio-accumulation mercurielle se développe au sein des espèces situées au bout de la chaîne trophique ; ces espèces étant celles qui sont régulièrement consommées par les populations , de nombreux riverains souffrent de paralysie ou d’une altération progressive de leur système nerveux.
Les sites d’orpaillage étant traditionnellement localisés à proximité de fleuves et ces derniers étant de nature exoréique, le milieu marin est aussi en danger ; il convient de rappeler que le transfert de la forme élémentaire du mercure à sa forme organique la plus toxique (méthylmercure) se fait en l’absence d’oxygène. Les mangroves estuariennes et/ou deltaïques sont donc des sites potentiels de bio-réaction.
A titre d’exemple, au niveau du barrage de Petit-Saut, à moins de cinq mètres de profondeur, l’oxygène se raréfie et la formation de méthylmercure est possible ; de l’amont à l’aval du barrage, des mesures ont révélé un décuplement du taux de méthylmercure (Charlet et al., 2002). Les mangroves étant présentes sur la quasi totalité du littoral guyanais, le stockage du méthylmercure au sein des sédiments vaseux semble plausible.
III. Des outils pour surveiller et limiter l’orpaillage clandestin
La télédétection peut être considérée comme un outil permettant de surveiller et surtout d’observer l’évolution des sites aurifères clandestins. Ces derniers augmentant la turbidité de l’eau, l’imagerie satellitaire peut détecter les fleuves où la présence de matières en suspensions est importante. Ainsi, en jouant sur la résolution et le spectre de l’image satellitale, de nombreux éléments peuvent être observés et analysés : déforestation, érosion, turbidité de l’eau, localisation et épaisseur des dépôts sédimentaires, etc.
La télédétection présente tout de même des limites, car la forêt guyanaise est vaste et les chantiers clandestins sont disséminés au sein d’un véritable océan de verdure ; il faudrait donc une périodicité plus courte entre chaque image. En outre, l’imagerie satellitaire à un coût.
Enfin, il s’avérerait aussi utile d’informer les orpailleurs des dangers qu’ils encourent à manipuler du mercure et l’impact que leurs rejets ont sur le milieu.
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Bien que ces solutions ne puissent être considérées comme exclusives, elles représentent tout de même un espoir pour la sauvegarde du milieu guyanais.
Bibliographie
- Carmouze J.-P. et al. 2001. Le mercure en Amazonie : rôle de l’homme et de l’environnement. Paris : IRD éditions, Collection Expertise Collégiale, 494 p.
- Charlet L., Boudou A. 2002. Cet or qui file un mauvais mercure, La recherche, 359, p. 52-59.
- Institut de Veille Sanitaire (InVS), Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM). 1994. Exposition au mercure de la population amérindienne Wayana de Guyane, enquête alimentaire, mis à jour en septembre 1997.