Mardi 10 mars 2009 2 10 03 2009 17:30

Sainte-Lucie : de l’île touristique tropicale à l’érosion littorale

 

Pascal SAFFACHE, Didier MOULLET

Université des Antilles et de la Guyane, campus de Schœlcher, département de géographie-aménagement, BP 7207, 97275 Schœlcher Cedex, Martinique (FWI)

 

 

Localisée dans la partie méridionale de l’arc antillais, l’île de Sainte-Lucie est circonscrite au nord par celle de la Martinique et au sud par celle de Saint Vincent. D’une superficie de 616 km2, cette île dispose de paysages diversifiés. Si les touristes recherchent traditionnellement des plages de sable blanc, à Sainte-Lucie ces dernières sont concurrencées par de nombreux autres atouts qui font la renommée écotouristique de l’île : des pitons verdoyants (recouverts d’une végétation de type ombrophile et hygrophile), des cascades, des sources hydrothermales, des sites de randonnée, etc. En réalité, ce sont les contrastes géographiques et paysagers qui rendent cette île si attachante.

 

Le nord de l’île bénéficiant d’un bioclimat relativement sec et de plans d’eau assez calmes, peut être considéré comme le cœur de l’activité touristique balnéaire traditionnelle : des hôtels et des restaurants s’y sont installés à proximité de très belles plages offrant à cette région l’aspect d’une véritable fourmilière, où se côtoient des touristes venus des quatre coins du monde. Rodney Bay participe aussi largement à la renommée de la région, car ses anses très cotées, sont fréquentées principalement par une clientèle élitiste. Le site historique de Pigeon Island attire lui aussi de nombreux visiteurs, curieux d’apprendre que les Français et les Britanniques se sont livrés ici des batailles mémorables, dans le seul but de conquérir cette place forte. Beaucoup plus populaire, Gros islet est devenu un site incontournable qui accueille tous les week-end les touristes de passage dans de grandes fêtes musicales (sounds systems).

Au nord est le paysage change radicalement, puisque les anses sablonneuses cèdent la place à des falaises rougeâtres, colonisées par une végétation xérophile (des cactus et de petits arbres marqués d’une forte anémorphose), entrecoupée d’échancrures festonnées occupées par de petits villages de pêcheurs.

 

Les paysages méridionaux se différencient profondément de ceux du nord. Ici, le relief est montagneux et culmine à 950 m. De nombreuses rivières exoréiques drainent les flancs des pitons qui évacuent vers la mer d’importants volumes de matériaux volcaniques détritiques qui participent au rechargement des plages de sable gris. Ces dernières années, le sud-ouest s’est transformé en un véritable centre écotouristique aux activités variées : randonnées dans la forêt pluviale, bains aux chutes de Canaries, séances d’observation des baleines, etc. De façon plus générale, le sud se distingue des autres régions par ses réserves côtières et ses longues plages de sable gris très fréquentées par les véliplanchistes.

 

Si cette présentation confère à l’île de Sainte-Lucie un caractère touristique quasi-idyllique, en réalité cette île est menacée par l’érosion côtière (d’origine naturelle et anthropique). Ces quinze dernières années, les nombreux ouragans qui se sont formés sur le bassin Atlantique ont libéré leur énergie sur les côtes (l’île est circonscrite par 158 km de côtes) happant d’importants volumes sédimentaires. En 1995, par exemple, lors du passage de la tempête tropicale Iris et de l’ouragan Luis, la plage de La Vigie s’est repliée sur une largeur de 11 mètres. Les nombreuses constructions anthropiques, essentiellement d’origine touristique (routes, hôtels, etc.), en limitant les échanges sableux entre le haut et le bas de plage ont participé, elles aussi, à cette érosion. Les prélèvements sableux qui ont alimenté durant de nombreuses années le secteur du bâtiment n’ont fait qu’accentuer ce processus.

Pour ne prendre qu’un exemple, le long de la côte occidentale et particulièrement au niveau de la route qui relie Pigeon Island au reste de l’île, une érosion significative est apparue. Des relevés indiquent qu’entre 1990 et 1995 le trait de côte a reculé de 10 mètres, mettant à nu les fondations de la route et celles de certaines habitations. Ces sections érodées auraient pu être réalimentées grâce aux importants volumes sédimentaires stockés au niveau des dunes côtières, mais ces dernières ont été endommagées ou détruites lors des nombreux prélèvements effectués au cours des années précédentes.

 

Bien que des solutions existent, elles ne sont pas faciles à mettre en œuvre en raison de la pluralité des facteurs érosifs. A cela s’ajoute la faiblesse économique de l’île de Sainte-Lucie, dont les recettes proviennent quasi exclusivement de l’industrie touristique (seul secteur en croissance rapide).

L’office Sainte-Lucien d’aménagement de l’espace préconise toutefois deux types d’actions :

- premièrement, la revégétalisation des espaces côtiers par l’emploi de plantes herbacées endémiques de type « Patate bord-de-mer » (Ipomea pes caprea) ou d’arbres disposant de réseaux racinaires relativement denses, comme le « Raisinier bord-de-mer » (Coccoloba uvifera) par exemple. L’objectif recherché étant de fixer durablement le substratum ammophile.

- Dans la mesure où cette première solution s’avèrerait insuffisante, l’office préconise l’emploi de structures plus lourdes tels que des digues, des brise-lames ou encore des murs de soutènement en béton armé.

Si ces infrastructures lourdes font parfois illusion, il leur arrive souvent d’accentuer les processus érosifs (le remède est alors pire que le mal) ou tout simplement d’altérer le cadre paysager, rendant le site impropre à une utilisation touristique ultérieure. Dans les deux cas, le problème du littoral Sainte-Lucien reste entier.

 

Pour tenter de résoudre ce dilemme, en 1982 le gouvernement Sainte-Lucien a adhéré au projet COSALC (UNESCO) qui vise à stabiliser les côtes et les plages des Petites Antilles. Les premières investigations n’ont fait que confirmer le constat dressé précédemment : les anses sablonneuses les plus touchées par l’érosion ont reculé en moyenne de 20 m au cours des quinze dernières années, avec des phases de pic lors du passage des ouragans. Sous l’effet de la pollution, de nombreux récifs coralliens étant en phase de nécrose, l’érosion côtière semble même s’être aggravée. De nouvelles missions d’évaluation sont actuellement en cours, dans la perspective d’une gestion intégrée des côtes et d’une réduction significative de l’érosion.

 

Bibliographie

- Dehoorne O., Nicolas F., Saffache P. 2005. Pour un tourisme durable dans la Grande Caraïbe, Études Caribéennes, 3, p. 49-56.

- Fisheries department of St Lucia, Physical planning department of St Lucia, University of Puerto Rico, Sea Grant College program, Caribbean development Bank, UNESCO. 2000. Wise practices for coping with beach erosion, St Lucia. S.L. : S.N., 10 p.

- Saffache P. 1998. L’érosion du littoral nord-ouest de l’île de la Martinique entre 1955 et 1994 : influence des paramètres physiques et anthropiques, Photo Interprétation. Images aériennes et spatiales, Vol. 36, 98/4, p. 172-177.

- Saffache P. 2004. L’ouragan Lenny : symptôme de la vulnérabilité du littoral martiniquais, Mer et Littoral, 61, p. 42-44.

- Saffache P., Jandia J., Marc J-V. 2004. Pour une gestion raisonnée du littoral martiniquais, La Géographie (Acta Geographica), n° 1513 (2004/II), p. 64-70.


 

 

Par Didier MOULLET - Publié dans : Publications sur les DFA - Communauté : Ecosphere 21
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