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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 04:01

Population et peuplement des Antilles d’aujourd’hui

(Populations urbaines et rurales) - le peuplement et l'occupation de l'espace dans les petites Antilles

 

Travailler sur les petites îles de la Caraïbe ne signifie pas qu’il soit nécessaire de faire abstraction de l’ensemble des autres États que l’on retrouve dans cet espace caribéen composé d’ensembles continentaux (Mexique, Guatemala, etc.), des Grandes Antilles (Cuba, la Jamaïque, etc.) et des Petites Antilles constituées de micros espaces insulaires (Saint-Vincent, Montserrat, etc.). Le poids démographique ou encore la densité et l’évolution des populations de la caraïbe manifestent toutefois de nombreuses disparités selon que l’on se positionne sur la zone continentale ou insulaire. On pourrait donc se demander s’il existe des aspects divergents ou au contraire des ressemblances entre ces micros États insulaires de la caraïbes qui sont dans bien des cas à l’antipode des observations que l’on peut faire des Grandes Antilles ainsi que de la frange continentale. L’insularité a souvent pour corolaire une exacerbation de faits observables à une échelle continentale dont les effets se traduisent par  la convergence de certains paramètres (densité plus forte, densification et macrocéphalie urbaine, économie peu diversifié, etc.).

3.1 Un essor démographique récent : reflet des homogénéités et des divergences des populations

Les observations qui sont faites sur l’espace caribéen reprennent généralement une configuration qui donne lieu à un regroupement en trois ensembles distincts constitués de la bordure continentale, des Grandes Antilles et des Petites îles de la Caraïbe ; d’autres observateurs ou scientifiques s’intéresseront à une classification d’un tout autre ordre en affichant  leur positionnement et leur déduction sur des ensembles linguistiques (l’aire linguistique associée à la langue de Miguel de Cervantès est majoritairement représenté et souvent confrontée à l’environnement anglophone, francophone et Néerlandophone). D’autres encore s’appliqueront à mettre en avant une approche qui prendra en considération des aspects politiques à travers la souveraineté ou la dépendance vis-à-vis d’un autre État.

L’espace étudié comprend les petits espaces insulaires limités par le passage d’Anegada à proximité d’Anguilla jusqu’aux îles sous-le-vent proches du Venezuela en y incluant l’État le plus méridional des Petites Antilles, Trinidad-et-Tobago.

S’il est certain qu’une grande partie des États de la Caraïbe ont une histoire commune au travers d’un passé coloniale qui semble avoir laissé des traces indélébiles dans l’esprit d’un grand nombre, l’évolution démographique de ces dernières décennies n’est pas toujours homogène suivent l’angle choisi pour cette approche avec des variations importantes d’une État à l’autre. Une typologie peut être faite dans le cadre d’une analyse de l’évolution démographique des trois entités (continentale, Grandes et Petites Antilles) ou des observations et des facteurs explicatifs sont clairement identifiés, cette approche est parfois plus délicate lorsque l’on se cantonne aux petits États insulaires de la Caraïbe.

3.1-1 Un regard sur l’évolution démographique de la Caraïbe de 1960 à 2005

Avec une superficie totale qui dépasse timidement 10000 km²  pour une population qui s’élève à 3,5 millions d’habitants en 2005, ces petits États de la Caraïbe ont une densité moyenne qui atteint 265 h/km² avec des extrêmes allant de 78 h/km² pour l’île néerlandaise de Bonaire a près de 800 h/km² pour l’île de Saint-Martin dont la souveraineté se partage entre la France et les Pays-Bas (Figure 1). L’observation des densités de population à l’échelle considérée ne permet pas en revanche de vérifier une corrélation entre la superficie de ces États insulaires et la densité ; l’exemple pris par D. Pumain en 1992 sur le rapport entre la superficie des circonscriptions administratives et la densité ne se reflète pas à notre échelle. Néanmoins, en choisissant un espace plus large qui intégrerait l’ensemble de États insulaire  et continentaux de la Caraïbe, se rapport pourrait aisément être mis en exergue à travers une densité plus marquée dans les espaces insulaires . 

Depuis le début des années 1960 la croissance démographique des îles de la Caraïbe est très différente d’un État à un autre avec des cas que l’on peut aisément isoler par des valeurs pour le moins intéressantes. En effet, deux extrêmes se partages ces statistiques démographique entre Montserrat qui enregistre une croissance négative de - 58,3 % de 1960 à 2005, soit une croissance annuelle de -1,06 % et Aruba qui a vu sa population doublée sur la même période. De 1960 à 1980 la faible croissance démographique de cette île est en partie liée aux faibles perspectives économiques offertes aux montserratiens qui poussaient certains d’entre eux à émigrés vers la Grande-Bretagne notamment (S. W. Meditz ; D. M. Hanratty, 1987) ; la succession de catastrophe naturelle comme l’ouragan Hugo en 1989 qui dévasta l’île et les éruptions du volcan de la Soufrière, notamment celles de 1995 et 1997 qui entraina un véritable bouleversement économique et social. Près des 2/3 de la population ont quitté Montserrat pour les îles voisines comme Antigua mais aussi pour le Royaume-Uni (The World Factbook, 2006). La croissance de la population sur l’île de Saint-Kitts-Et-Nevis est également négative avec une variation annuelle de -0,29 % sur la période 1960-2005 ; contrairement à Montserrat où un phénomène naturel est en grande partie responsable d’une diminution de la population, le cas des Kitticiens et Néviciens s’explique plus précisément par un déclin de la production historique avec notamment une fermeture de la compagnie sucrière d’État Kitticienne en juillet 2005 mais aussi par les dégâts liées aux passages d’ouragans sur l’île . L’émigration est très importante sur cette île ou depuis les années 1970 presque 20 % de la population quitte cette ancienne colonie britannique à la recherche d’emplois dans des pays tels que le Canada, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou encore les autres espaces insulaires de la Caraïbe (S. W. Meditz ; D. M. Hanratty, 1987). 

Les îles d’Anguilla, de Sainte-Lucie ou encore Aruba par exemple, sont au contraire des espaces dont la population a presque doublée sur la période choisie. La population anguillaise et arubaise a été ainsi multipliée par deux de 1960 à 2005 avec une croissance annuelle qui oscille entre 1,8 et 1,9 %  ; avec Sainte-Lucie, qui présente une variation de 1,43 %/an, ce sont les taux de croissance les plus élevées des espaces observés. Bien que ces trois États présentent des taux de croissance relativement homogène sur la période déterminée, il est toutefois possible de mettre en exergue des aspects divergents au sein des exemples que nous venons de prendre. Cette variation de la population n’a pas été constante d’une décennie à l’autre ; pour ne prendre qu’un exemple, de 1970 à 1980 la croissance de la population arubaise est de 5,3 %, 10 % pour la décennie suivante et 39,4 % pour la tranche 1990 à 2000.  Ce pays présente de forts attraits avec son secteur financier qui positionne en véritable paradis fiscal, mais aussi d’autres secteurs ; le tourisme a fait office de véritable stimulant pour l’économie arubaise notamment dans la construction au milieu des années 1980. Autant d’éléments associés à une politique stable qui permettent de mieux cerner la croissance arubaise des années 1990 avec des secteurs d’activités représentant une source d’emplois et de revenus importants (S. W. Meditz ; D. M. Hanratty, 1987 ; The World Factbook, 2006). Toutefois, une forte croissance démographique n’est pas forcément un signe de prospérité économique ou encore de stabilité politique. En plus de quarante ans, la population sainte-lucienne a connu une croissance annuelle de 1,43 %, passant de 90000 habitants en 1960 à près de 161000 habitants en 2005 ; le produit intérieur brut est quant à lui en-dessous de la moyenne des États de l’espace Caraïbe . Si l’évolution démographique des États insulaires de la Caraïbe, qu’ils soient indépendants ou non, présente des aspects convergents avec une croissance démographique de 0,56 % en 2005, on retiendra que ces comportements n’ont pas toujours une explication comparable et que des extrêmes sont fréquemment observables. L’insularité demeure toutefois un facteur limitant pour la croissance démographique au regard des exemples continentaux voisins qui affichent des  taux bien plus élevé dans certains cas ; la République Dominicaine enregistre une croissance moyenne annuelle de 3,9% de 1960 à 2005 (The World Factbook, 2006).

3.1-2 Une transition démographique en cours d’achèvement

On observe un ralentissement de la croissance de la population des îles de Petites Antilles d’une décennie à l’autre ; de 1980 à 1990, le taux de croissance annuelle moyen était de 1,08 % contre 0,65 % pour la décennie suivante ce qui correspond à une augmentation de près de 190000 habitants (The World Factbook, 2006).

La transition démographique de ces îles a commencé depuis quelques  décennies maintenant et sa rapidité permet de faire une différenciation avec les variations spatiales des natalités et des mortalités dues aux évolutions démographiques distinctes des pays développés. Ainsi, le ralentissement de la croissance démographique des Petites Antilles peut donc être mis en relation avec une transition démographique avancée  pour la plupart de ces États insulaires. L’État qui déroge à cette règle dans la Caraïbe se trouve dans la partie ouest de l’île d’Hispaniola ; Haïti enregistre des natalités et des mortalités élevés avec un taux de croissance annuelle moyen modérée de sa population. La transition démographique est donc belle et bien amorcée dans la plupart des États de la Caraïbe se traduisant par une baisse de la mortalité infantile et une diminution de moitié des taux de mortalité entre les décennies allant de 1980 à 2000 (Castillo-Salgado, 2000).

La mise en place de programme de santé et leur modernisation ont permis à de nombreux États de réduire significativement certains indicateurs tels que la fertilité mais aussi la mortalité (Sanders T.G, 1983) ; des îles comme la Barbade, la Martinique ou encore Aruba sont dans une phase de transition achevée et même en période post-transitionnelle pour certains avec des indicateurs démographiques faibles. Sainte-Lucie et Grenade enregistrent des taux de natalité supérieurs à 20 ‰ avec une population de moins de 15 ans qui est respectivement de 30,3 % et 33,9 %, mais c’est Trinidad qui affiche des indicateurs les plus élevées dans l’ensemble, notamment concernant la mortalité juvénile et infantile (The World Factbook, 2006) (figure 2). Trinidad et Tobago ont bénéficié très tôt de programmes de santé publiques et d’une amélioration du système sanitaire ce qui a permis dès les années 1930 de réduire considérablement le taux de mortalité de ces îles ; la croissance démographique n’a cependant été maitrisée qu’à partir des années 1960 (Sanders T.G, 1983). Ce type de décalage est observable sur d’autres îles avec une période transitoire d’une trentaine d’année entre la réduction de la mortalité et la mise en place d’un programme de planning familial visant à réduire la natalité . Les taux de natalité élevé que l’on retrouve sur l’île de Sainte-Lucie sont à l’origine d’une forme de pression qui s’exerce au sein même de cette espace avec une migration interne des zones rurales vers la capitale avec un taux de chômage proche des 20 % en 2005 et un secteur d’activité informelle important ; l’émigration a souvent été considérée comme un moyen qui permettrait une réduction de ces difficultés (U.S. Library of Congress).

Toutefois, les États non-indépendants ont connu une transition démographique soutenue par des efforts émanant de la métropole ce qui favorisera une transition plus rapide avec une croissance démographique modérée plus précoce que certains de leurs voisins indépendants ; ces efforts sont liées le plus souvent à une amélioration des infrastructures sanitaires de ces petits États sans oublier pour autant les limitent imposées par l’insularité en matière de croissance démographique (INSEE, 2004).

L’émigration joue un rôle important pour la plupart de ces îles dont le taux de migration est souvent négatif avec certaines îles accusant un taux d’émigration nette de -13,25 ‰ en 2005 ; la Grenade, la Dominique, Trinidad ou encore Saint-Vincent font parties des îles présentant un taux d’émigration nette le plus fort (figure 2). Ces données migratoires ont une forte influence sur les comportements démographiques de ces entités insulaires avec notamment une réduction de main-d’œuvre pour les États affichant un fort taux d’émigration et des difficultés d’un ordre plus social (chômage, différents ethniques, etc.) pour ceux qui accueillent ces migrants. Le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada sont les pays les plus soumis à l’émigration des petits États insulaires Anglophones ou on peut y voir un rapprochement linguistique.  D’autres indicateurs peuvent être observés au sein de cet ensemble insulaire tel que le développement humain à travers l’IDH (indice de développement humain) mais aussi le PIB (produit intérieur brut) et le temps de mortalité infantile qui sont de bons indicateurs de développement.

3.1-3 Une analyse des indicateurs du développement humain

L’IDH est l’indicateur de développement humain le plus fréquemment utilisé afin de réaliser une estimation du niveau de développement d’un pays. Toutefois, d’autres indicateurs peuvent être mis en relation dans le but d’affiner certains constats voire certaines corrélations entre PIB/hab. et mortalité infantile par exemple. S’il est vrai que l’IDH est un bon indicateur de développement, il n’empêche que le PIB fait parti des indices pris en compte dans le calcul de l’IDH et cet indice n’est pas exempte de défaut ; il n’est pas rare que le PIB soit détenu par petite part de la population et il n’est de ce fait pas représentatif de l’ensemble. C’est pour cela qu’il est possible d’observer le développement des pays définis à partir de l’IDH et du PIB/hab., mais aussi en prenant d’autres indices et en les confrontant, tel que la consommation électrique annuelle.

La plupart des îles de Petites Antilles présentent un IDH supérieur à la moyenne mondiale en 2002 et plus de la moitié d’entres elles ont un indicateur supérieur à la moyenne de l’Amérique Latine et de la Caraïbe pour la même année ; Saint-Vincent, les Antilles Néerlandaises et la Grenade se retrouvent en-dessous de cette dernière moyenne (figure 3). L’absence de données pour certaines îles (Anguilla, Aruba et Montserrat) ne permet pas de faire une analyse de complète mais ont peut néanmoins faire le constat de certains écarts qu’il s’agisse de l’IDH, du PIB, du niveau de chômage ou encore de la consommation électrique par habitant. Des îles qui ont été isolées lors de l’approche sur la transition démographique se retrouvent une nouvelle fois parmi le groupe d’île ayant un IDH le plus faible.

Trinidad-et-Tobago, Saint-Kitts ou encore la Barbade ont un IDH supérieur à 0,8 et peut être considéré comme une valeur élevée correspondant en général aux indices que l’on retrouve dans les pays développées. Pourtant, ces îles ont un PIB/hab. qui est inférieur à 9000 $ en 2002, soit la moitié du PIB/hab. de la Martinique pour la même année (INSEE, 2004). L’intégralité des îles observées ont un IDH supérieur à la moyenne mondiale avec un PIB/hab. qui atteint juste 2900 $ pour des îles comme Saint-Vincent et les Grenadines pour être multiplier par 10 dans le cas d’Aruba qui affiche un PIB/hab. de près de 21800 $ en 2004 (The World Factbook, 2006). La consommation électrique par habitant à Saint-Vincent fait partie des plus basses 88,35 kWh/h  contre 716,1 kWh/h pour l’île d’Aruba, soit une consommation huit fois plus importante pour une population qui est inférieure de moitié. Dans d’autres cas, l’IDH peut s’expliquer par des aspects économiques particuliers comme un développement important du tourisme qui représente près de la moitié du PIB de l’île d’Antigua et Barbuda ; Trinidad est également un cas original avec un secteur industriel très développé qui lui permet de se positionner en principal producteur de pétrole et de gaz des Caraïbes et influence ainsi fortement le PIB de cette île. En revanche, Trinidad accuse un taux de mortalité infantile le plus élevé avec 24,31 ‰ et près de 21 % de la population en dessous du seuil de pauvreté ; la Dominique et la Grenada affichent des taux respectivement de 30 et 32 % de leur population vivant en dessous du seuil de pauvreté .

La faiblesse de l’IDH a souvent pour corolaire celle du PIB ce qui reflète un manque de dynamisme de l’activité économique qui dépend souvent d’un secteur agricole faiblement diversifié et fortement vulnérable aux aléas climatiques. L’IDH est néanmoins supérieur à la moyenne mondiale grâce aux efforts réalisés dans les domaines sanitaires et de l’éducation avec des indices de longévité ou de scolarité corrects dans l’ensemble ; le taux d’alphabétisation moyen étant de 93 % en 2002.  En revanche, les îles ayant un IDH supérieur à 0,8 correspondent dans bien des cas à des ensembles qui ont diversifiés leur économie avec notamment l’activité touristique mais aussi des services financiers, tel qu’un système bancaire offshore. C’est le ca de Saint-Kitts et Nevis dont les revenus liés au tourisme constitue la principale source de devise étrangère ou encore la Barbade avec ces services financiers qui jouent un rôle très important dans l’activité économique de l’île. Toutefois, la répartition de ces richesses n’est pas toujours équitable et ces revenus liés au tourisme et aux services financiers bénéficient souvent à une mince couche sociale de la population (U.S. Library of Congress). Ainsi, s’il existe des évolutions contrastées en terme démographique, cela ce vérifie également sous l’angle économique.   

3.2 Les populations caribéennes d'aujourd'hui

En voulant faire une approche regroupant les indicateurs convergeant entre les îles de la Caraïbe on constate que l’histoire est un des éléments les plus semblable mais qu’il en tout autres pour ce qui est de l’évolution de ces petits États insulaires. Les divergences sont nombreuses d’une île à l’autre entre adaptation économique avec une diversification des secteurs d’activité pour certaines et des industries moribondes pour d’autres qui se voient même dans l’obligation de fermer définitivement. L’industrie sucrière, reflet emblématique d’une histoire coloniale pour les uns et douloureux passé pour les autres, est un secteur d’activité qui connaît de grands bouleversement depuis ces dernières années et est un bon élément de comparaison entre les Etats insulaires qui ont su développer leur secteur d’activité tout en poursuivant leur lutte contre le chômage et d’autres Etats ou cette transition est plus difficile et même très fragile (CTA's Spore bulletin, 2006).

Les faiblesses et la fragilité des secteurs économiques de certaines îles ont une incidence sur les populations de ces Etats de la Caraïbe, conduisant certains d’entre eux à l’émigration dans le but de rejoindre des pays plus développé.

3.2-1 Les aspects économiques : des Etats ou se combinent tout les extrêmes

Les écarts de richesses sont importants au sein de ces Etats insulaires de la Caraïbe avec un PIB en 2002 qui oscille de 2737 $ à Saint-Vincent et les Grenadines à 19884 $ sur l’île d’Aruba ; les arubais sont donc sept fois plus riches qu’un saint-vincentais (PIB/Hab. en 2002 INSEE, 2004). Avec une moyenne de 8927 $, plus de la moitié des Etats étudiés sont en-dessous de cette valeur et cette faiblesse de l’activité économique est bien souvent liée à un manque de diversification des secteurs d’activités pour prendre cet exemple mais aussi  à leur vulnérabilité face aux aléas naturels.

L’île de la Barbade possède un PIB/Habitant proche de la moyenne que nous avons établit pour l’année 2002 mais la croissance économique de cette île est positive pour l’année 2005, ce qui s’explique en partie par un regain de l’activité touristique liée notamment à une amélioration de la conjoncture économique de ces principaux clients États-Uniens et européens (The World Factbook, 2006). Comme la plupart des États ayant le secteur du tourisme dans sa production, la Barbade a dû faire face au contre coup des attentats du 11 septembre 2001 qui ont touché les États-Unis ce qui fragilisa l’économie Barbadienne en 2002 et 2003 ; le gouvernement Barbadien réussi tout de même à redresser l’économie en s’appuyant toujours sur une diversification de l’industrie, l’activité touristique en organisant notamment des activités sportives internationales mais aussi avec le développement de service financiers qui constituent les principales sources de devises étrangères. En 2006, le gouvernement Barbadien annonça au Sandy Lane Beach Hotel qu’il accueillerait la coupe du monde de golf  mais également des championnats de criquet et bien d’autres événements sportifs pour 2008 et 2009 ; ceci correspondant aux efforts du gouvernement de l’île pour le développement et la diversification de l’économie. Cette politique économique et cette diversification des activités qui commença en 1990 permet aujourd’hui à cette île de renouer avec la croissance qui demeure néanmoins fragile, en témoigne les événements du 11 septembre 2001 qui ont eu une incidence sur les revenus touristiques de nombreux pays (Best, T, 2006 ; The World Factbook, 2006).  

De nombreux États insulaires de la Caraïbe ont fait le choix de la diversification de leur économie face au déclin du secteur agricole, un chômage important et une population en constante évolution ; l’activité touristique est dans bien des cas une des principales sources de devises étrangères avec les paradis fiscaux et autres zones franches bien souvent associés à des services plus occultent tels que le blanchiment de l’argent sale. Saint-Kitts et Nevis a vu ainsi son économie s’orienter vers le développement des activités touristiques et des services financiers qui jouent maintenant un rôle très important en terme de revenus étrangers ; les tentatives de diversifications de l’agriculture pour sortir de la monoculture de la canne n’ont pas eu les effets escomptés puisque l’industrie cannière, entièrement nationalisée des plantations aux usines, continuera à enregistrer des pertes et le gouvernement fermera définitivement la compagnie sucrière d’État en juillet 2005. Le tourisme devenant ainsi le principal secteur d’activité primaire (Encyclopædia Britannica. 2006 ; CTA's Spore bulletin, 2006).

La Dominique, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Saint-Kitts-Et-Nevis faisaient partis d’une liste de pays dont les dispositions anti-blanchiment des capitaux étaient insuffisantes en 2000 ce qui terni l’image et la crédibilité de ces États sur le plan internationale (Perspectives économiques, 2001). La Dominique et Saint-Vincent-et-les-Grenadines font d’ailleurs partis des États les plus pauvres de la Caraïbe avec un PIB/hab. très faible en 2002, respectivement 3291 $ et 2937 $ (INSEE, 2004). Toutefois, le tourisme et l’agriculture sont les principales sources de revenus pour ces deux îles avec près de 40 % pour le secteur agricole dominiquais particulièrement vulnérable aux phénomènes atmosphériques qui dévastèrent notamment ¼ des récoltes en 1994. L’économie de ce dernier pays est toujours en crise avec croissance qui est pour le moins marginale à 0,3 % et stimulée essentiellement par l’industrie touristique qui est en augmentation de 5 %, la construction qui progresse de 4,6 % et les ventes en gros et aux détails (Caribbean Development Bank 2003 in UNDP, 2002).

Les Antilles néerlandaises, les Antilles françaises et l’île d’Aruba accusent les plus hauts PIB/habitant en 2002 avec respectivement 12189 $, 17974 $ en moyenne aux Antilles françaises et 19884 $ (figure 4). Aruba a orienté son économie vers un développement des activités touristiques qui constituent une source importante de devises étrangères et cette croissance de l’industrie touristique profite également à d’autres secteurs d’activités tels que la construction. De plus, la prospérité de l’économie arubaise est associée dans une autre mesure au développement des services financiers (paradis fiscaux), au raffinage et au stockage du pétrole dont la raffinerie fut rouverte en 1991  ; cette source de revenus et de devises étrangers a donc fortement stimulé l’économie arubaise depuis ces dernières années (The World Factbook, 2006). L’économie des Antilles françaises est fondée sur l’industrie touristique, l’agriculture, l’industrie sucrière et rhumière mais aussi par une très forte représentation du secteur tertiaire ; une grande part des revenus liés au tourisme est d’origine métropolitaine dont elle dépend fortement.

Ces écarts de richesse d’une île à l’autre font l’objet d’une attention particulière depuis quelques années avec un objectif principal pour la Banque Caribéenne de Développement qui visait à réduire la pauvreté dans son plan stratégique de 2000-2004 qui est toujours un objectif primordial pour la plan stratégique actuel de 2005-2009 (Alfred, O. 2005).

3.2-2 La pauvreté au sein de ces États insulaires

La population caribéenne d’aujourd’hui est dans de nombreux cas fortement soumise à la pauvreté au sein de leur territoire respectif et cette détresse sociale est parfois associée à des carences économiques, mais aussi à une faiblesse de l’environnement économique de ces États insulaires face aux marchés internationaux. Les phénomènes naturels ont également un impact sur l’économie de ces territoires insulaires, ce qui contribue une nouvelle fois à un enlisement des problèmes sociaux de certaines populations caribéenne, comme c’est le cas pour la Dominique par exemple.

Le Commonwealth de la Dominique fait parti des pays dont la population est située entre 30 et 40 % au dessus du seuil de pauvreté avec d’autres îles telles que la Grenade (32 % en 1998), Saint-Kitts (31 % en 1999) et Nevis (32 % en 2000) suivi de Saint-Vincent et les Grenadines (38 % en 1995). Sainte-Lucie, Trinidad et Tobago et l’île d’Anguilla se situes entre 20 et 29 % ; la Barbade affiche un taux de pauvreté de 14 % en 1997 (Alfred, O. 2005 ; Country Poverty Assement, 2003, p. 71).

La part de la population Dominiquaise vivant en dessous du seuil de pauvreté représente 40 % de la population totale et concerne près de 29 % des ménages ; ces indicateurs sociaux sont le reflet d’un environnement économique en crise accusant une diminution constate des productions de banane et une relative stagnation des autres secteurs d’activités. Cette misère concerne près d’un enfant sur deux au sein du Commonwealth de la Dominique ou près de 37 % des ménages n’ont pas accès à l’eau courante et l’absence d’équipement sanitaire (toilette) est constatée pour 25 % des ménages (UNDP, 2002). L’île traverse de plus une crise de l’emplois avec un chômage important associé au poids de la dette du Gouvernement, autant d’élément qui accentuent la pauvreté au sein de ce territoire conduisant une partie de la population à émigrer pour d’autre pays dont 40 % des migrants vivent sur une autre île de la Caraïbe (Country Poverty Assement, 2003, p. 4). L’effondrement de la production de banane commence en partie vers la fin des années 1980 avec une production avoisinant les 70000 tonnes pour descendre en dessous des 30000 tonnes en 2000 ; les raisons de cette baisse de production, qui concerne d’autres îles comme Sainte-Lucie par exemple, est liée aux fluctuations des marchés européens mais aussi aux effets dévastateurs des ouragans  qui traversent ces territoires en affectant considérablement les productions agricoles (Country Poverty Assement, 2003, p. 5). Ainsi, la fréquence des phénomènes cycloniques permettrait d’expliquer la stagnation de l’indice de pauvreté dans le cas de Saint-Kitts depuis les années 1990 ; en 2004, l’ouragan Ivan dévasta la Grenade plongeant ainsi sa population dans une détresse économique et sociale en anéantissant plusieurs années de progrès réalisés en quelques heures (Alfred, O. 2005).

Bien que la pauvreté semble être plus importante au sein des espaces ruraux, elle est tout de même moins perceptible que dans les villes où elle se manifeste de façons plus visible et même parfois avec plus de violence. Au sein des espaces ruraux, le manque d’équipements, de services et surtout les difficultés d’accès au réseau électrique, l’eau potable ou simplement à des sanitaires seront les manifestations de cette misère (Alfred, O. 2005). Toutefois, les villes des Caraïbes accueillent une population de plus en plus importante et l’urbanisation de ces petits espaces est confrontée à de nombreuses enclaves telles qu’une superficie limitée, une densification de la population mais aussi l’accentuation de la ségrégation sociale, spatiale et économique.

3.2-3 L’urbanisation des populations caribéennes : un reflet des mutations socioéconomiques

Les îles de la Caraïbe ont des aspects historiques, culturels et géographiques partagées mais il existe tout de même un certains déséquilibres d’un point de vue économiques et démographiques. De façon générale, l’urbanisation concerne l’ensemble de ces îles avec une évolution néanmoins contrastée d’un État à l’autre ce qui vient conforter l’idée selon laquelle ces espaces insulaires demeurent divers malgré des expériences historiques et culturelles similaires (figure 5).

Les mutations socioéconomiques observées sur ces îles ont pour effet de changer le modèle de consommation de ces espaces insulaires avec notamment le développement de nouvelles activités économiques dont l’objectif principal repose sur la diversification des secteurs d’activité avec un développement rapide du tourisme et des secteurs industriels. Le secteur agricole est globalement en crise depuis plusieurs décennies et certains territoires comme Antigua et Barbuda par exemple, la pêche et l’agriculture représentent une faible part du PIB ; l’industrie touristique est la principale source de devises étrangères. Le déclin de l’activité agricole face au développement croissant du tourisme et d’autres secteurs industriels s’accompagneront d’émigration interne, des zones rurales vers les villes, d’ouvriers à la recherche d’un emploi. De 1950 à 2005, le taux de croissance de la population urbaine sainte-lucienne est en moyenne de 2,09 % tandis que la population rurale accuse une croissance de 0,8 % pour la même période ; la population de l’île est estimée à 161000 habitants en 2005 pour une croissance constante de 1,7 %/an depuis 1950 (World Population Prospects, ONU, 2004). Bien que les sols volcaniques de cette îles soient très fertiles, la topographie limite fortement les terres exploitables pour l’agriculture à seulement 28 % ; la diminution constante des terres exploitables associées au recul du nombre d’ouvriers agricole conduit certains habitants des zones rurales à se tourner vers la principale ville de l’île, Castries (FAO, 2000). La population s’est donc concentrée dans le nord de l’île avec près de 39 % de la population autour et au sein de la Ville-port de Castries ; l’immigration interne s’est poursuivie avec le développement d’activité touristique et de zones résidentielles dans la paroisse de Gros Islet dont le petit village est devenu à ce jour une nouvelle ville au nord de Castries. Toutefois, le développement d’un complexe industriel dans la partie méridionale de l’île a permis une redistribution de la population dans cette zone et fait de Vieux Fort la seconde ville de Sainte-Lucie (PAHO, 2002).

D’autres îles présentent des taux d’urbanisation très élevé comme Anguilla avec une population urbaine de 100 % ; la superficie de cette île étant très faible (91,57 km²), il est difficile de faire la distinction entre les zones rurales et les zones urbaines (figure 5). Les sols arides de cette île ne sont pas vraiment idéals pour le développement d’une activité agricole ; le tourisme de luxe et les services financiers étant l’une des principales sources de richesse. 

 

Ces mutations socioéconomiques s’accompagnent également d’une forte représentation du secteur tertiaire qui correspond en moyenne à 71 % du PIB et une urbanisation qui concerne pratiquement tous ces États insulaires mais à des degrés différents. La part de la population urbanisée a pratiquement été multipliée par deux de 1950 à 2005 avec des variations très différentes d’une île à l’autre ; l’urbanisation concernait 27,7 % de la population martiniquaise en 1950 contre 96,7 % en 2005. La rapidité de l’urbanisation, associée à des migrations internes des campagnes à la ville pour certaines îles, s’accompagne inévitablement par un phénomène de concentration urbaine, la macrocéphalie (Filgueira, C. ; Lombardi, M. 1995).

3.3 Des dynamiques urbaines et organisation spatiale : modèles, contrastes et nouvelles problématiques

L’urbanisation est un processus qui touche les îles de la Caraïbe et est une nouvelle fois tout en contraste d’un point à l’autre avec une population urbaine de 13,8 % à Montserrat contre 76,2 % à Trinidad et Tobago ; les migrations internes jouent également un rôle très important dans la distribution géographique de la population puisque ce phénomène de concentration urbaine est observé dans la quasi-totalité de ces États à travers des villes macrocéphales où se multiplie les fonctions (figure 5).

3.3-1 Ville-port et macrocéphalie urbaine

Les îles de la Caraïbe reproduisent généralement une logique d’organisation spatiale convergente ; la Capitale pour les États souverains ou le chef-lieu pour les territoires dépendants, est habituellement localisé dans la partie occidentale de l’île qui constitue la porte d’entrée historique des colonisateurs et l’emplacement de la Capitale. Les raisons de cette localisation sont notamment climatiques par rapport à une dichotomie fondamentale entre la côte au vent qui est soumise à l’énergie de la houle et des alizés, à l’opposé de la côte sous le vent qui est moins exposée donc plus hospitalière au développement d’une ville-port. Par la suite, cet emplacement aura un effet sur l’évolution de ces villes car elles conserveront généralement une position multifonctionnelle avec un rôle à la fois d’interface maritime par le biais notamment d’une littoralisation des activités et le développement de la zone portuaire, mais aussi par sa position sur le plan administratif et économique ; l’effet polarisant de la ville-port a pour conséquence de favoriser des flux centripètes de migration des zones rurales vers les secteurs urbains de la Capitale et de son agglomération.

Ces migrations internes permettent de comprendre en parti certaines dynamiques socio-spatiales mais également les phénomènes de concentration autour de ces villes macrocéphales où l’on retrouve parfois près de 50 % de la population de l’île, comme c’est le cas à la Barbade avec la ville prospère à l’architecture moderne de Bridgetown et sa zone agglomérée.

Ainsi, une grande majorité de ces îles affichent une forte population urbanisée autour d’une Capitale-port qui détient le plus souvent de multiples fonctions (politico-administratives, économiques, commerciales, technologiques, etc.) et il n’est pas rare que ce processus de concentration urbaine s’étende sur plusieurs divisions administratives constituant de ce fait une zone agglomérée ; la distribution géographique de la population peut parfois s’organiser avec deux pôles urbains comme en Guadeloupe par exemple ou l’on retrouve un pôle politico-administratifs représenté par le Chef-lieu en Basse-Terre et un pôle économique qui se matérialise par l’agglomération pointoise. La capitale est généralement située dans une rade ou une baie, l’agglomération se développant par la suite en forme d’anneaux semis concentriques, partant du cœur de la Ville-port vers la périphérie. Seule l’île de Saba s’oppose à cette représentation, l’urbanisation s’organisant au centre de l’île où la capitale The Bottom s’est développée ; le relief de cette île est très accidenté et son littoral est constitué de falaise avec de rares plages constituées de galets, comme celle de Cove Bay à proximité de l’aéroport. Ces capitales portuaires regroupent en moyenne près de la moitié de la population. Bridgetown, capitale de la Barbade compte 52,9 % de la population de l’île et s’étend sur trois paroisses ; Saint-Micheal ou se trouve le cœur de la ville avec près de 97000 habitants pour une densité de 2500 hab. /km², Christ Church qui compte 47000 âmes et Saint-James avec une population de 21000 individus. Cette distribution géographique composée d’une capitale-port souvent hypertrophiée et une périphérie littorale qui s’oppose au centre montagneux de l’île s’accompagne de flux internes qui convergent vers la Capitale ; la polarisation de ces flux par la ville-port est fréquente au sein de ces espaces insulaires.

L’urbanisation est donc un phénomène de plus en plus important depuis le milieu des années 1950 où elle concernait en moyenne 40 % de la population totale contre près de 60 % en 2005 avec un taux de croissance annuel moyen de 1,47 % ; les divisions administratives les plus fortement urbanisées et peuplées sont généralement celles qui accueillent la Capitale (figure 5). Cette dernière    remplie de nombreuses fonctions comme celle d’interface maritime ou encore de pôle politico-administratif et économique, ce qui amplifie l’attractivité de cet ensemble urbain sur le reste de l’île, révélant ainsi une hypertrophie urbaine.

3.3-2 Des espaces contrastés : structure urbaine, ségrégation et fragmentation socio spatiales

Les grandes zones urbanisées de la Caraïbe correspondent généralement à la ville-capitale autour de laquelle s’est développé un espace aggloméré qui peut s’étendre dans certains cas de figures sur plusieurs divisions administratives. La taille des ces États insulaires est en de nombreux points une contrainte pour de le développement horizontal de ces espaces urbains ce qui conduit à une formation de ville compacte sur le littorale ; l’étalement de ces villes-capitales est donc limité par la superficie du site ou s’est établit cette porte d’entrée historique pour les colonisateurs. L’étalement des villes est d’autant plus contrarié par la topographie généralement accidentée d’une île à l’autre en passant ainsi d’un espace relativement accessible avec peu de relief sur le littoral qui s’associe à la périphérie insulaire, à l’intérieur de l’île au relief varié et bien souvent accidenté.

L’architecture urbaine conserve souvent des vestiges de l’époque coloniale ou l’on retrouve dans certaines villes des bâtiments et des maisons parfaitement rénovés sur la base des modèles architecturaux de cette époque ; The Valley par exemple, capitale de l’île d’Anguilla, possède peu de modèle témoignant de l’architecture coloniale du fait de la relocalisation de l’administration coloniale en 1825 sur l’île de Saint-Kitts (Encyclopædia Britannica).

La structure urbaine de ces villes est bien souvent la même et il n’est as rare de retrouver une configuration convergente entre chaque île, le site de la Capitale se trouve dans une baie ou le colonisateur n’hésitera pas à s’établir dans des zones marécageuses ; cette configuration est fréquente et il n’est pas rare de voir une extension ou la construction de certains équipements directement au sein des zones de mangroves du fait du manque de place pour le développement d’une ville ou encore la construction d’un port de plaisance, d’hôtels ou le développement des sites d’extractions de granulats comme en Martinique par exemple.

Le plan hippodamien de la plupart de ces villes, autrement appelé plan en damier, est une distribution de rues rectilignes se croisant à angle droit et censé permettre une organisation rationnelle de l’espace urbain. Des villes comme Port-of-Spain, Castries, Roseau ou encore Basse-Terre (Guadeloupe) sont autant d’exemple ou l’on retrouve un plan en damier qui est à l’origine d’une grande partie des villes fondées par les Européens à l’époque de la colonisation. Cette distribution présente tout de même des inconvénients du fait d’un allongement des temps de trajets, des complications liées à la topographie et surtout en matière de lisibilité de ces espaces urbains ; dans le cas de Roseau ou de Castries pour ne prendre que ces exemples, le plan en Damier donne à ces villes une forte illisibilité du fait d’un manque de régularité dans la dimension des différents blocs. Kingstown (Saint-Vincent) et Castries (Sainte-Lucie) sont composées de 50 à 60 blocs sur 0,4 km² contre 80 blocs sur une superficie de 0,3 km² pour Roseau (Dominique).

On peut constater que ces plans hippodamiens ne sont pas très étendus et l’irrégularité dans la dimension des blocs accentue le manque de lisibilité globale de la ville. Le centre de Roseau est très compact avec un plan en damier qui correspond à un rectangle entre 500 et 600 mètres et constitué de blocs très petit de 25 à 30 mètres sur le front de mer, jusqu’à 80 à 180 mètres à la périphérie (Lipsanen, N. 2001). Les pressions engendrées par ces villes sur un espace naturel fragilisé continuellement par les actions de l’homme sont une nouvelle fois amplifier par la présence de ces villes sur le littoral et est révélateur de difficultés de gestions et de rationalisation de ces espaces urbains ; un processus concurrentiel s’installe entre la ville principale et sa périphérie, mais ont peu également observer dans de nombreux cas une séparations nette entre les zones urbaines et les zones rurales.             

L’urbanisation des îles de la Caraïbe est un processus à multiple facettes qui renvoi à un certain nombre de logique telles que l’exode rural, mais qui reflète également d’autres aspects liés à ce développement urbain ; si la macrocéphalie est considérée comme étant l’un de ces aspects, d’autres phénomènes évolutifs tendent à s’amplifier tels que des états de séparations sociales ou économiques.

L’exode rural est un élément qui permet de comprendre l’urbanisation rapide sur ces îles, donc cette urbanisation est liée en partie à des migrations des secteurs ruraux en direction des zones urbaines par nue population en quête d’emploi ; l’activité agricole est dans bien des situations moribondes et l’espoir de trouver un travail semble plus prometteur en ville. Ces villes voient ainsi arrivées un véritable excédant rural de pauvreté dans ses murs mais la capacité sociale d’intégration de ces zones urbaines ne permet pas d’absorber l’ensemble de l’emploi productif, ce qui conduit à une augmentation croissante de la pauvreté urbaine tout en accentuant la séparation économique et sociale entre le rural et l’urbain (Filgueira, C. ; Lombardi, M. 1995). Les zones urbaines deviennent de se fait de véritables îlots de pauvreté qui absorbe  des flux d’immigrants internes à la recherche d’un emploi ; à Castries par exemple, la population se concentre dans la partie nord de l’île ou l’on retrouve de nombreuses activités économiques ce qui contribue à initier des flux internes des campagnes à la ville. Quand cette alternative ne permet toujours pas de trouver un emploi pour ces population de l’île, une seule solution se présente à travers une émigration vers d’autres États insulaires de la Caraïbe plus développés ou encore des pays tels que le Canada, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni.

Les disparités régionales sont nombreuses au sein de ces espaces insulaires, la polarisation exercée par le secteur urbain sur le reste du territoire ne fait qu’accentuer ces déséquilibres régionaux ; d’un point de vu général, la pauvreté était plus importante au sein des campagnes mais la rapidité de l’urbanisation et l’exode rural ont conduit à un relatif équilibre entre les indices de pauvreté urbaine-rural (Bouillon, César P. ; Buvinic M. 2003). Toutefois, cela ne se vérifie pour l’ensemble des îles de la Caraïbe puisque la pauvreté n’est pas égale entre la ville et la campagne à la Dominique ; la pauvreté existe dans les zones rurales et urbaines, mais ¾ des ménages concernés sont dans les campagnes du Commonwealth de la Dominique. Le quart restant se réparti au sein des deux principaux pôles urbains, Roseau et Portsmouth (Country Poverty Assement, 2003). Cette pauvreté urbaine est néanmoins plus flagrante qu’au sein des campagnes.

La distinction entre pauvreté rurale et urbaine semble donc être très importante et il est possible d’identifier certains aspects qui témoignent des ces différences ; la pauvreté rurale se manifeste le plus souvent par des difficultés plus fortes en matière d’accès à des services de santé ou encore d’éducation avec un manque d’infrastructures en générale. Au sein des villes, les manifestations de la pauvreté sont plus violentes et la population concernée est habituellement plus vulnérable ; la situation du marché du travail est un facteur important pour les ménages aux revenus moyens qui doivent affrontés les problèmes sociaux qui les entoure, mais aussi une criminalité plus forte que dans les campagnes. Bien que la criminalité affecte en générale toutes les catégories socioprofessionnelles, les pauvres sont plus vulnérables et plus exposés à celle-ci en milieu urbain, dessinant ainsi des quartiers bien distincts dans certaines villes (World Bank, n°366). La monté de la criminalité implique la mise en place de système de protection pour les particuliers correspondants à une catégorie sociale plus aisée, mais cela est valable également dans des secteurs tels que le tourisme ou les hôteliers doivent garantir la sécurité d’une clientèle très frileuse face à ce type de problèmes sociaux ; les coûts engendrés par la criminalité et la violence ont pour conséquence une redéfinition de certains quartiers de la villes, mais aussi une fuite des centres urbains des ménages au revenu aisé pour la périphérie. La population résidant dans le centre-ville de Roseau le soir (Central district of Roseau) n’est pas très importante et les lieux de résidence se trouvent essentiellement en dehors du centre, dans la périphérie ; Newtown et Potter’s Ville constituent en quelque sorte une forme d’ancienne zone périphérique datant de la fin du XVIIIème siècle (old Suburbs). Aujourd’hui, des villes comme Goodwill et Bath Estate datent respectivement des années 1950 et 1980, elles constituent d’une certaine manière la nouvelle périphérie résidentielle de la Capitale du Commonwealth de la Dominique (Lipsanen, N, 2001).

A l’image de bien des centres urbains des Antilles , l’exemple de Roseau est intéressant dans le sens ou cet espace urbain  n’est pas très étendu et présente à ce jour des quartiers biens distincts qui se différencie par des critères socioéconomiques bien définis ; le centre-ville (The central district of Roseau) n’accueil que très peu de résidants et les activités nocturnes se limitent le plus souvent à une faible activité commerciale en temps normale. Des zones de banlieues se sont développées autour de ce centre urbain dès le début du XIXème siècle avec l’établissement de Potter’s Ville ou de Newtown ; par la suite, la nouvelle banlieue mise en œuvre en 1959 fera l’objet d’un véritable projet immobilier qui débouchera sur la construction d’un ensemble d’une quarantaine de maisons avec le quartier de Goodwill (figure 6). L’idée initiale de ce projet immobilier était le désengorgement du secteur de Potter’s Ville ; on peut voir très clairement que la zone de Goodwill respect un plan précis à travers son réseau de voirie avec deux principaux axes et un axe mineur, respectivement Federation Drive et Charles Avenue suivis de Winston Lane  (Lipsanen, N, 8.3, 2001). Ce nouveau quartier accueil toutefois une partie de la population aisée de Roseau avec une hiérarchisation indirecte qui s’opère des parties les plus basses aux parties les plus hautes de ce district ; on retrouve à Lower Goodwill des maisons individuelle mais sans jardin privé reflétant une population de classe moyenne, tandis que les hauts de ce districts (Upper Goodwill) accueil des résidants plus aisés au sein d’un quartier qui est également mieux organisé. La présence de villa de luxe peut être observé dans les hauteurs du district de Goodwill à Saint Aromant sur Eden’s Lane. Goodwill a fait donc l’objet d’un « programme d’aménagement concerté » dans le courant des années 1950 sur l’île de la Dominique et les fondements de ce programme consistaient  au développement du logement faisant suite au rachat par le Gouvernement de l’époque de ces parcelles qui allait devenir la nouvelle banlieue de Roseau (Honychurch, L. 2004) ; un des éléments de ce programme était également fondé sur un développement rationnel de l’habitat dans cette zone afin de ne pas reproduire le même schéma que Potter’s Ville, l’ancienne banlieue. Potter’s Ville et Newtown font parties des plus vieilles villes de la Dominique dont la construction remonte au XVIIIème siècle ; les Britannique avait pour objectif de faire de la ville de Newtown la nouvelle Capitale de la Colonie qu’ils décidèrent d’appeler Charlotte Ville (figure 6). Cette ville est séparée en deux par la route de Victoria Street et c’est le long de cette dernière que s’organise l’essentiel des activités commerçantes au sein de cette périphérie de Roseau ou la réputation s’affiche par la violence et le chômage ; les populations vivant dans ces quartiers sont généralement des communautés de pêcheurs (Lipsanen, N, 2001). Potter’s Ville reflète grossièrement les mêmes aspects que Newtown mais à la différence près, la communauté de pêcheurs y est bien plus importante et malgré la présence d’activités commerciales secondaires, la pauvreté y est également présente (figure 6).

S’il y a bien un phénomène de ségrégation socio-spatiale entre les zones rurales et les secteurs urbains, on peut observer  également au sein des villes des séparations économiques ou sociales avec la définition de quartiers biens distincts les uns des autres. Les inégalités socio-économique et les phénomènes de ségrégation sont en partis liés à plusieurs facteurs ; l’histoire Coloniale instaure un avant goût de cette situation à travers un fonctionnement particulier ou les séparations sont monnaies courantes. Mais à ce jour, des facteurs démographiques et économiques sont certainement les principaux moteurs de ce processus ségrégatif sur ces îles ; les différents secteurs portant l’économie de ces îles ne pouvant pas absorber l’intégralité d’une main d’œuvre provenant d’une économie agricole périclitant, se voit dans l’obligation de refuser un grand nombre de ces demandeurs d’emplois. Le tourisme et les services financiers sont le plus souvent les secteurs d’activités les plus prometteurs au sein de ces économies insulaires, mais ces secteurs sont insuffisant pour répondre à la demande du marché du travail ce qui  permet de comprendre l’importance des taux d’émigration sur certaines îles telles que la Grenade, la Dominique, Trinidad ou encore Saint-Vincent. L’absence d’emploi conjuguée à une croissance démographique positive contribuent à une forme d’exclusion sociale et accentuent aussi les déséquilibres régionaux internes (rurale/urbain), mais aussi à une échelle régionale plus importante en incluant les autres États de la Caraïbe. Ces inégalités se traduisent par une distribution déséquilibrées des ressources à un niveau tant régional qu’au sein même de la population à travers des différences de revenus. Les causes sont donc très complexes car elles sont attribuables à de nombreux facteurs que l’on peut mettre en corrélation ; l’instabilité macro-économique, une croissance économique en baisse ou négative, l’incapacité du marché du travail à répondre à toutes les demandes, une productivité faible et la faiblesse des salaires associé à un recul de la qualité des services sociaux sont autant de facteurs qu’il faut prendre en considération (World Bank, n°366).

Ces inégalités régionales que l’on peut observer au niveau des secteurs économiques ais aussi entre les groupes socio-économiques accentuent un véritable processus de fragmentation régionale et sociale.  

 

Bibliographies

- Alfred O. Heath distinguished speakers’ forum university of the Virgin Islands. Poverty and its alleviation in the Caribbean. Lecture by Professor Compton Bourne, PhD., O.E. President, Caribbean Development Bank, Monday, March 14, 2005

- Anguilla. Encyclopædia Britannica. 2006. Encyclopædia Britannica Online. 4 Oct. 2006

- Best, T. (2006). Bajans high on list of wealthiest. in the Americas, February 20

- Bouillon, César P; Buvinic M. Social cohesion in Latin America and the Caribbean, IDB document: Inequality, exclusion and poverty in Latin America and the Caribbean: implications for the development, june 2003

- Caribbean Development Bank Annual Economic Review 2003, p. 46, in United Nations Development Programme (UNDP), 2002

- Castillo-Salgado, C. (2000). Health Situation Analysis in the Americas, 1999-2000. Epidemiological Bulletin, Vol. 21, No. 4

- Central Intelligence Agency (CIA). The World Factbook. 2006

- Country Poverty Assessment. Final Report, Volume 1 of 2, Halcrow Group Limited, June 2003 216 p.

- CTA's Spore bulletin. Information for agricultural development in ACP countries. Trade reforms : Diversify or die, Issue 122, Spore, april 2006

- FAO's Information System on Water and Agriculture. AQUASTAT, Saint-Lucia, Version 2000

- Filgueira, C. ; Lombardi, M. (1995). Part II: Social policy in Latin America, 4. Social Policy in Latin America, in Social policy in a global society. Parallels and Lessons from the Canada–Latin America Experience, Edited by Daniel Morales-Gómez and Mario Torres A.

- Honychurch, L. (2004). Urban Landscaping In Dominica. Housing Estates, in www.lennoxhonychurch.com

- Islands of the Commonwealth Caribbean: a regional study / Federal Research Division, Library of Congress ; edited by Sandra W. Meditz and Dennis M. Hanratty.

- Leclerc, J. 2006. L’aménagement linguistique dans le monde. Université Laval, Québec

- Lipsanen, N. (2001). Naturalistic and existential realms of place in Roseau, Dominica, University of Helsinki, Department of Geography, Master's Thesis, Spring Term ; 8.3 Structure of other districts, 14 Districts of Roseau

- Pan American Health Organization (PAHO), Basic country health profiles for the Americas, Saint-Lucia, 2002

- Panorama de l'Espace Caraïbe, 2004, INSEE

- Perspectives économiques. La lutte contre le blanchiment des capitaux. Revue électronique du département d'État des États-Unis, volume 6, numéro 2, mai 2001

- Saint-Kitts and Nevis. Encyclopædia Britannica. 2006. Encyclopædia Britannica Online. 19 Sept.  2006

- Sanders TG. Population and development in Latin America and the Caribbean. UFSI Rep. 1983

- United Nations. Population Division of the Department of Economic and Social Affairs of the United Nations Secretariat, World Urbanization Prospects: The 2003 Revision., data set in digital form. 2004

- World Bank discussion paper n° 366, Poverty Reduction and Human Development in the Caribbean. A Cross-Country Study, Judy L. Baker, The World Bank, Washington, D.C. n.d 

- World Population Prospects: « The 2004 Revision Population Database », Official UN estimates (1950-2005) and projections (2005-2050).

 

Sites Internet

- www.tlfq.ulaval.ca :

Site internet de jaques Leclerc Université Laval Québec. On y trouve des informations sur la géographie, l’histoire et des données démolinguistiques par continent.

 

- http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/index.html :

Ce site internet du Central Intelligence Agency (CIA) permet d

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 03:56

Des dynamiques urbaines et organisation spatiale : modèles, contrastes et nouvelles problématiques

L’urbanisation est un processus qui touche les îles de la Caraïbe et est une nouvelle fois tout en contraste d’un point à l’autre avec une population urbaine de 13,8 % à Montserrat contre 76,2 % à Trinidad et Tobago ; les migrations internes jouent également un rôle très important dans la distribution géographique de la population puisque ce phénomène de concentration urbaine est observé dans la quasi-totalité de ces États à travers des villes macrocéphales où se multiplie les fonctions (figure 5).


Les îles de la Caraïbe reproduisent généralement une logique d’organisation spatiale convergente ; la Capitale pour les États souverains ou le chef-lieu pour les territoires dépendants, est habituellement localisé dans la partie occidentale de l’île qui constitue la porte d’entrée historique des colonisateurs et l’emplacement de la Capitale. Les raisons de cette localisation sont notamment climatiques par rapport à une dichotomie fondamentale entre la côte au vent qui est soumise à l’énergie de la houle et des alizés, à l’opposé de la côte sous le vent qui est moins exposée donc plus hospitalière au développement d’une ville-port. Par la suite, cet emplacement aura un effet sur l’évolution de ces villes car elles conserveront généralement une position multifonctionnelle avec un rôle à la fois d’interface maritime par le biais notamment d’une littoralisation des activités et le développement de la zone portuaire, mais aussi par sa position sur le plan administratif et économique ; l’effet polarisant de la ville-port a pour conséquence de favoriser des flux centripètes de migration des zones rurales vers les secteurs urbains de la Capitale et de son agglomération.

Ces migrations internes permettent de comprendre en parti certaines dynamiques socio-spatiales mais également les phénomènes de concentration autour de ces villes macrocéphales où l’on retrouve parfois près de 50 % de la population de l’île, comme c’est le cas à la Barbade avec la ville prospère à l’architecture moderne de Bridgetown et sa zone agglomérée.

Ainsi, une grande majorité de ces îles affichent une forte population urbanisée autour d’une Capitale-port qui détient le plus souvent de multiples fonctions (politico-administratives, économiques, commerciales, technologiques, etc.) et il n’est pas rare que ce processus de concentration urbaine s’étende sur plusieurs divisions administratives constituant de ce fait une zone agglomérée ; la distribution géographique de la population peut parfois s’organiser avec deux pôles urbains comme en Guadeloupe par exemple ou l’on retrouve un pôle politico-administratifs représenté par le Chef-lieu en Basse-Terre et un pôle économique qui se matérialise par l’agglomération pointoise. La capitale est généralement située dans une rade ou une baie, l’agglomération se développant par la suite en forme d’anneaux semis concentriques, partant du cœur de la Ville-port vers la périphérie. Seule l’île de Saba s’oppose à cette représentation, l’urbanisation s’organisant au centre de l’île où la capitale The Bottom s’est développée ; le relief de cette île est très accidenté et son littoral est constitué de falaise avec de rares plages constituées de galets, comme celle de Cove Bay à proximité de l’aéroport. Ces capitales portuaires regroupent en moyenne près de la moitié de la population. Bridgetown, capitale de la Barbade compte 52,9 % de la population de l’île et s’étend sur trois paroisses ; Saint-Micheal ou se trouve le cœur de la ville avec près de 97000 habitants pour une densité de 2500 hab. /km², Christ Church qui compte 47000 âmes et Saint-James avec une population de 21000 individus. Cette distribution géographique composée d’une capitale-port souvent hypertrophiée et une périphérie littorale qui s’oppose au centre montagneux de l’île s’accompagne de flux internes qui convergent vers la Capitale ; la polarisation de ces flux par la ville-port est fréquente au sein de ces espaces insulaires.

L’urbanisation est donc un phénomène de plus en plus important depuis le milieu des années 1950 où elle concernait en moyenne 40 % de la population totale contre près de 60 % en 2005 avec un taux de croissance annuel moyen de 1,47 % ; les divisions administratives les plus fortement urbanisées et peuplées sont généralement celles qui accueillent la Capitale (figure 5). Cette dernière    remplie de nombreuses fonctions comme celle d’interface maritime ou encore de pôle politico-administratif et économique, ce qui amplifie l’attractivité de cet ensemble urbain sur le reste de l’île, révélant ainsi une hypertrophie urbaine.


Les grandes zones urbanisées de la Caraïbe correspondent généralement à la ville-capitale autour de laquelle s’est développé un espace aggloméré qui peut s’étendre dans certains cas de figures sur plusieurs divisions administratives. La taille des ces États insulaires est en de nombreux points une contrainte pour de le développement horizontal de ces espaces urbains ce qui conduit à une formation de ville compacte sur le littorale ; l’étalement de ces villes-capitales est donc limité par la superficie du site ou s’est établit cette porte d’entrée historique pour les colonisateurs. L’étalement des villes est d’autant plus contrarié par la topographie généralement accidentée d’une île à l’autre en passant ainsi d’un espace relativement accessible avec peu de relief sur le littoral qui s’associe à la périphérie insulaire, à l’intérieur de l’île au relief varié et bien souvent accidenté.

L’architecture urbaine conserve souvent des vestiges de l’époque coloniale ou l’on retrouve dans certaines villes des bâtiments et des maisons parfaitement rénovés sur la base des modèles architecturaux de cette époque ; The Valley par exemple, capitale de l’île d’Anguilla, possède peu de modèle témoignant de l’architecture coloniale du fait de la relocalisation de l’administration coloniale en 1825 sur l’île de Saint-Kitts (Encyclopædia Britannica).

La structure urbaine de ces villes est bien souvent la même et il n’est as rare de retrouver une configuration convergente entre chaque île, le site de la Capitale se trouve dans une baie ou le colonisateur n’hésitera pas à s’établir dans des zones marécageuses ; cette configuration est fréquente et il n’est pas rare de voir une extension ou la construction de certains équipements directement au sein des zones de mangroves du fait du manque de place pour le développement d’une ville ou encore la construction d’un port de plaisance, d’hôtels ou le développement des sites d’extractions de granulats comme en Martinique par exemple.

Le plan hippodamien de la plupart de ces villes, autrement appelé plan en damier, est une distribution de rues rectilignes se croisant à angle droit et censé permettre une organisation rationnelle de l’espace urbain. Des villes comme Port-of-Spain, Castries, Roseau ou encore Basse-Terre (Guadeloupe) sont autant d’exemple ou l’on retrouve un plan en damier qui est à l’origine d’une grande partie des villes fondées par les Européens à l’époque de la colonisation. Cette distribution présente tout de même des inconvénients du fait d’un allongement des temps de trajets, des complications liées à la topographie et surtout en matière de lisibilité de ces espaces urbains ; dans le cas de Roseau ou de Castries pour ne prendre que ces exemples, le plan en Damier donne à ces villes une forte illisibilité du fait d’un manque de régularité dans la dimension des différents blocs. Kingstown (Saint-Vincent) et Castries (Sainte-Lucie) sont composées de 50 à 60 blocs sur 0,4 km² contre 80 blocs sur une superficie de 0,3 km² pour Roseau (Dominique).

On peut constater que ces plans hippodamiens ne sont pas très étendus et l’irrégularité dans la dimension des blocs accentue le manque de lisibilité globale de la ville. Le centre de Roseau est très compact avec un plan en damier qui correspond à un rectangle entre 500 et 600 mètres et constitué de blocs très petit de 25 à 30 mètres sur le front de mer, jusqu’à 80 à 180 mètres à la périphérie (Lipsanen, N. 2001). Les pressions engendrées par ces villes sur un espace naturel fragilisé continuellement par les actions de l’homme sont une nouvelle fois amplifier par la présence de ces villes sur le littoral et est révélateur de difficultés de gestions et de rationalisation de ces espaces urbains ; un processus concurrentiel s’installe entre la ville principale et sa périphérie, mais ont peu également observer dans de nombreux cas une séparations nette entre les zones urbaines et les zones rurales.              

L’urbanisation des îles de la Caraïbe est un processus à multiple facettes qui renvoi à un certain nombre de logique telles que l’exode rural, mais qui reflète également d’autres aspects liés à ce développement urbain ; si la macrocéphalie est considérée comme étant l’un de ces aspects, d’autres phénomènes évolutifs tendent à s’amplifier tels que des états de séparations sociales ou économiques.

L’exode rural est un élément qui permet de comprendre l’urbanisation rapide sur ces îles, donc cette urbanisation est liée en partie à des migrations des secteurs ruraux en direction des zones urbaines par nue population en quête d’emploi ; l’activité agricole est dans bien des situations moribondes et l’espoir de trouver un travail semble plus prometteur en ville. Ces villes voient ainsi arrivées un véritable excédant rural de pauvreté dans ses murs mais la capacité sociale d’intégration de ces zones urbaines ne permet pas d’absorber l’ensemble de l’emploi productif, ce qui conduit à une augmentation croissante de la pauvreté urbaine tout en accentuant la séparation économique et sociale entre le rural et l’urbain (Filgueira, C. ; Lombardi, M. 1995). Les zones urbaines deviennent de se fait de véritables îlots de pauvreté qui absorbe  des flux d’immigrants internes à la recherche d’un emploi ; à Castries par exemple, la population se concentre dans la partie nord de l’île ou l’on retrouve de nombreuses activités économiques ce qui contribue à initier des flux internes des campagnes à la ville. Quand cette alternative ne permet toujours pas de trouver un emploi pour ces population de l’île, une seule solution se présente à travers une émigration vers d’autres États insulaires de la Caraïbe plus développés ou encore des pays tels que le Canada, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni.

Les disparités régionales sont nombreuses au sein de ces espaces insulaires, la polarisation exercée par le secteur urbain sur le reste du territoire ne fait qu’accentuer ces déséquilibres régionaux ; d’un point de vu général, la pauvreté était plus importante au sein des campagnes mais la rapidité de l’urbanisation et l’exode rural ont conduit à un relatif équilibre entre les indices de pauvreté urbaine-rural (Bouillon, César P. ; Buvinic M. 2003). Toutefois, cela ne se vérifie pour l’ensemble des îles de la Caraïbe puisque la pauvreté n’est pas égale entre la ville et la campagne à la Dominique ; la pauvreté existe dans les zones rurales et urbaines, mais ¾ des ménages concernés sont dans les campagnes du Commonwealth de la Dominique. Le quart restant se réparti au sein des deux principaux pôles urbains, Roseau et Portsmouth (Country Poverty Assement, 2003). Cette pauvreté urbaine est néanmoins plus flagrante qu’au sein des campagnes.

La distinction entre pauvreté rurale et urbaine semble donc être très importante et il est possible d’identifier certains aspects qui témoignent des ces différences ; la pauvreté rurale se manifeste le plus souvent par des difficultés plus fortes en matière d’accès à des services de santé ou encore d’éducation avec un manque d’infrastructures en générale. Au sein des villes, les manifestations de la pauvreté sont plus violentes et la population concernée est habituellement plus vulnérable ; la situation du marché du travail est un facteur important pour les ménages aux revenus moyens qui doivent affrontés les problèmes sociaux qui les entoure, mais aussi une criminalité plus forte que dans les campagnes. Bien que la criminalité affecte en générale toutes les catégories socioprofessionnelles, les pauvres sont plus vulnérables et plus exposés à celle-ci en milieu urbain, dessinant ainsi des quartiers bien distincts dans certaines villes (World Bank, n°366). La monté de la criminalité implique la mise en place de système de protection pour les particuliers correspondants à une catégorie sociale plus aisée, mais cela est valable également dans des secteurs tels que le tourisme ou les hôteliers doivent garantir la sécurité d’une clientèle très frileuse face à ce type de problèmes sociaux ; les coûts engendrés par la criminalité et la violence ont pour conséquence une redéfinition de certains quartiers de la villes, mais aussi une fuite des centres urbains des ménages au revenu aisé pour la périphérie. La population résidant dans le centre-ville de Roseau le soir (Central district of Roseau) n’est pas très importante et les lieux de résidence se trouvent essentiellement en dehors du centre, dans la périphérie ; Newtown et Potter’s Ville constituent en quelque sorte une forme d’ancienne zone périphérique datant de la fin du XVIIIème siècle (old Suburbs). Aujourd’hui, des villes comme Goodwill et Bath Estate datent respectivement des années 1950 et 1980, elles constituent d’une certaine manière la nouvelle périphérie résidentielle de la Capitale du Commonwealth de la Dominique (Lipsanen, N, 2001).

A l’image de bien des centres urbains des Antilles , l’exemple de Roseau est intéressant dans le sens ou cet espace urbain  n’est pas très étendu et présente à ce jour des quartiers biens distincts qui se différencie par des critères socioéconomiques bien définis ; le centre-ville (The central district of Roseau) n’accueil que très peu de résidants et les activités nocturnes se limitent le plus souvent à une faible activité commerciale en temps normale. Des zones de banlieues se sont développées autour de ce centre urbain dès le début du XIXème siècle avec l’établissement de Potter’s Ville ou de Newtown ; par la suite, la nouvelle banlieue mise en œuvre en 1959 fera l’objet d’un véritable projet immobilier qui débouchera sur la construction d’un ensemble d’une quarantaine de maisons avec le quartier de Goodwill (figure 6). L’idée initiale de ce projet immobilier était le désengorgement du secteur de Potter’s Ville ; on peut voir très clairement que la zone de Goodwill respect un plan précis à travers son réseau de voirie avec deux principaux axes et un axe mineur, respectivement Federation Drive et Charles Avenue suivis de Winston Lane  (Lipsanen, N, 8.3, 2001). Ce nouveau quartier accueil toutefois une partie de la population aisée de Roseau avec une hiérarchisation indirecte qui s’opère des parties les plus basses aux parties les plus hautes de ce district ; on retrouve à Lower Goodwill des maisons individuelle mais sans jardin privé reflétant une population de classe moyenne, tandis que les hauts de ce districts (Upper Goodwill) accueil des résidants plus aisés au sein d’un quartier qui est également mieux organisé. La présence de villa de luxe peut être observé dans les hauteurs du district de Goodwill à Saint Aromant sur Eden’s Lane. Goodwill a fait donc l’objet d’un « programme d’aménagement concerté » dans le courant des années 1950 sur l’île de la Dominique et les fondements de ce programme consistaient  au développement du logement faisant suite au rachat par le Gouvernement de l’époque de ces parcelles qui allait devenir la nouvelle banlieue de Roseau (Honychurch, L. 2004) ; un des éléments de ce programme était également fondé sur un développement rationnel de l’habitat dans cette zone afin de ne pas reproduire le même schéma que Potter’s Ville, l’ancienne banlieue. Potter’s Ville et Newtown font parties des plus vieilles villes de la Dominique dont la construction remonte au XVIIIème siècle ; les Britannique avait pour objectif de faire de la ville de Newtown la nouvelle Capitale de la Colonie qu’ils décidèrent d’appeler Charlotte Ville (figure 6). Cette ville est séparée en deux par la route de Victoria Street et c’est le long de cette dernière que s’organise l’essentiel des activités commerçantes au sein de cette périphérie de Roseau ou la réputation s’affiche par la violence et le chômage ; les populations vivant dans ces quartiers sont généralement des communautés de pêcheurs (Lipsanen, N, 2001). Potter’s Ville reflète grossièrement les mêmes aspects que Newtown mais à la différence près, la communauté de pêcheurs y est bien plus importante et malgré la présence d’activités commerciales secondaires, la pauvreté y est également présente (figure 6).

S’il y a bien un phénomène de ségrégation socio-spatiale entre les zones rurales et les secteurs urbains, on peut observer  également au sein des villes des séparations économiques ou sociales avec la définition de quartiers biens distincts les uns des autres. Les inégalités socio-économique et les phénomènes de ségrégation sont en partis liés à plusieurs facteurs ; l’histoire Coloniale instaure un avant goût de cette situation à travers un fonctionnement particulier ou les séparations sont monnaies courantes. Mais à ce jour, des facteurs démographiques et économiques sont certainement les principaux moteurs de ce processus ségrégatif sur ces îles ; les différents secteurs portant l’économie de ces îles ne pouvant pas absorber l’intégralité d’une main d’œuvre provenant d’une économie agricole périclitant, se voit dans l’obligation de refuser un grand nombre de ces demandeurs d’emplois. Le tourisme et les services financiers sont le plus souvent les secteurs d’activités les plus prometteurs au sein de ces économies insulaires, mais ces secteurs sont insuffisant pour répondre à la demande du marché du travail ce qui  permet de comprendre l’importance des taux d’émigration sur certaines îles telles que la Grenade, la Dominique, Trinidad ou encore Saint-Vincent. L’absence d’emploi conjuguée à une croissance démographique positive contribuent à une forme d’exclusion sociale et accentuent aussi les déséquilibres régionaux internes (rurale/urbain), mais aussi à une échelle régionale plus importante en incluant les autres États de la Caraïbe. Ces inégalités se traduisent par une distribution déséquilibrées des ressources à un niveau tant régional qu’au sein même de la population à travers des différences de revenus. Les causes sont donc très complexes car elles sont attribuables à de nombreux facteurs que l’on peut mettre en corrélation ; l’instabilité macro-économique, une croissance économique en baisse ou négative, l’incapacité du marché du travail à répondre à toutes les demandes, une productivité faible et la faiblesse des salaires associé à un recul de la qualité des services sociaux sont autant de facteurs qu’il faut prendre en considération (World Bank, n°366).

Ces inégalités régionales que l’on peut observer au niveau des secteurs économiques ais aussi entre les groupes socio-économiques accentuent un véritable processus de fragmentation régionale et sociale.  

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 03:54

Les populations caribéennes d'aujourd'hui


En voulant faire une approche regroupant les indicateurs convergeant entre les îles de la Caraïbe on constate que l’histoire est un des éléments les plus semblable mais qu’il en tout autres pour ce qui est de l’évolution de ces petits États insulaires. Les divergences sont nombreuses d’une île à l’autre entre adaptation économique avec une diversification des secteurs d’activité pour certaines et des industries moribondes pour d’autres qui se voient même dans l’obligation de fermer définitivement. L’industrie sucrière, reflet emblématique d’une histoire coloniale pour les uns et douloureux passé pour les autres, est un secteur d’activité qui connaît de grands bouleversement depuis ces dernières années et est un bon élément de comparaison entre les Etats insulaires qui ont su développer leur secteur d’activité tout en poursuivant leur lutte contre le chômage et d’autres Etats ou cette transition est plus difficile et même très fragile (CTA's Spore bulletin, 2006).

Les faiblesses et la fragilité des secteurs économiques de certaines îles ont une incidence sur les populations de ces Etats de la Caraïbe, conduisant certains d’entre eux à l’émigration dans le but de rejoindre des pays plus développé.

Les écarts de richesses sont importants au sein de ces Etats insulaires de la Caraïbe avec un PIB en 2002 qui oscille de 2737 $ à Saint-Vincent et les Grenadines à 19884 $ sur l’île d’Aruba ; les arubais sont donc sept fois plus riches qu’un saint-vincentais (PIB/Hab. en 2002 INSEE, 2004). Avec une moyenne de 8927 $, plus de la moitié des Etats étudiés sont en-dessous de cette valeur et cette faiblesse de l’activité économique est bien souvent liée à un manque de diversification des secteurs d’activités pour prendre cet exemple mais aussi  à leur vulnérabilité face aux aléas naturels.

L’île de la Barbade possède un PIB/Habitant proche de la moyenne que nous avons établit pour l’année 2002 mais la croissance économique de cette île est positive pour l’année 2005, ce qui s’explique en partie par un regain de l’activité touristique liée notamment à une amélioration de la conjoncture économique de ces principaux clients États-Uniens et européens (The World Factbook, 2006). Comme la plupart des États ayant le secteur du tourisme dans sa production, la Barbade a dû faire face au contre coup des attentats du 11 septembre 2001 qui ont touché les États-Unis ce qui fragilisa l’économie Barbadienne en 2002 et 2003 ; le gouvernement Barbadien réussi tout de même à redresser l’économie en s’appuyant toujours sur une diversification de l’industrie, l’activité touristique en organisant notamment des activités sportives internationales mais aussi avec le développement de service financiers qui constituent les principales sources de devises étrangères. En 2006, le gouvernement Barbadien annonça au Sandy Lane Beach Hotel qu’il accueillerait la coupe du monde de golf  mais également des championnats de criquet et bien d’autres événements sportifs pour 2008 et 2009 ; ceci correspondant aux efforts du gouvernement de l’île pour le développement et la diversification de l’économie. Cette politique économique et cette diversification des activités qui commença en 1990 permet aujourd’hui à cette île de renouer avec la croissance qui demeure néanmoins fragile, en témoigne les événements du 11 septembre 2001 qui ont eu une incidence sur les revenus touristiques de nombreux pays (Best, T, 2006 ; The World Factbook, 2006).   

De nombreux États insulaires de la Caraïbe ont fait le choix de la diversification de leur économie face au déclin du secteur agricole, un chômage important et une population en constante évolution ; l’activité touristique est dans bien des cas une des principales sources de devises étrangères avec les paradis fiscaux et autres zones franches bien souvent associés à des services plus occultent tels que le blanchiment de l’argent sale. Saint-Kitts et Nevis a vu ainsi son économie s’orienter vers le développement des activités touristiques et des services financiers qui jouent maintenant un rôle très important en terme de revenus étrangers ; les tentatives de diversifications de l’agriculture pour sortir de la monoculture de la canne n’ont pas eu les effets escomptés puisque l’industrie cannière, entièrement nationalisée des plantations aux usines, continuera à enregistrer des pertes et le gouvernement fermera définitivement la compagnie sucrière d’État en juillet 2005. Le tourisme devenant ainsi le principal secteur d’activité primaire (Encyclopædia Britannica. 2006 ; CTA's Spore bulletin, 2006).

La Dominique, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Saint-Kitts-Et-Nevis faisaient partis d’une liste de pays dont les dispositions anti-blanchiment des capitaux étaient insuffisantes en 2000 ce qui terni l’image et la crédibilité de ces États sur le plan internationale (Perspectives économiques, 2001). La Dominique et Saint-Vincent-et-les-Grenadines font d’ailleurs partis des États les plus pauvres de la Caraïbe avec un PIB/hab. très faible en 2002, respectivement 3291 $ et 2937 $ (INSEE, 2004). Toutefois, le tourisme et l’agriculture sont les principales sources de revenus pour ces deux îles avec près de 40 % pour le secteur agricole dominiquais particulièrement vulnérable aux phénomènes atmosphériques qui dévastèrent notamment ¼ des récoltes en 1994. L’économie de ce dernier pays est toujours en crise avec croissance qui est pour le moins marginale à 0,3 % et stimulée essentiellement par l’industrie touristique qui est en augmentation de 5 %, la construction qui progresse de 4,6 % et les ventes en gros et aux détails (Caribbean Development Bank 2003 in UNDP, 2002).

Les Antilles néerlandaises, les Antilles françaises et l’île d’Aruba accusent les plus hauts PIB/habitant en 2002 avec respectivement 12189 $, 17974 $ en moyenne aux Antilles françaises et 19884 $ (figure 4). Aruba a orienté son économie vers un développement des activités touristiques qui constituent une source importante de devises étrangères et cette croissance de l’industrie touristique profite également à d’autres secteurs d’activités tels que la construction. De plus, la prospérité de l’économie arubaise est associée dans une autre mesure au développement des services financiers (paradis fiscaux), au raffinage et au stockage du pétrole dont la raffinerie fut rouverte en 1991 ; cette source de revenus et de devises étrangers a donc fortement stimulé l’économie arubaise depuis ces dernières années (The World Factbook, 2006). L’économie des Antilles françaises est fondée sur l’industrie touristique, l’agriculture, l’industrie sucrière et rhumière mais aussi par une très forte représentation du secteur tertiaire ; une grande part des revenus liés au tourisme est d’origine métropolitaine dont elle dépend fortement.

Ces écarts de richesse d’une île à l’autre font l’objet d’une attention particulière depuis quelques années avec un objectif principal pour la Banque Caribéenne de Développement qui visait à réduire la pauvreté dans son plan stratégique de 2000-2004 qui est toujours un objectif primordial pour la plan stratégique actuel de 2005-2009 (Alfred, O. 2005).


La population caribéenne d’aujourd’hui est dans de nombreux cas fortement soumise à la pauvreté au sein de leur territoire respectif et cette détresse sociale est parfois associée à des carences économiques, mais aussi à une faiblesse de l’environnement économique de ces États insulaires face aux marchés internationaux. Les phénomènes naturels ont également un impact sur l’économie de ces territoires insulaires, ce qui contribue une nouvelle fois à un enlisement des problèmes sociaux de certaines populations caribéenne, comme c’est le cas pour la Dominique par exemple.

Le Commonwealth de la Dominique fait parti des pays dont la population est située entre 30 et 40 % au dessus du seuil de pauvreté avec d’autres îles telles que la Grenade (32 % en 1998), Saint-Kitts (31 % en 1999) et Nevis (32 % en 2000) suivi de Saint-Vincent et les Grenadines (38 % en 1995). Sainte-Lucie, Trinidad et Tobago et l’île d’Anguilla se situes entre 20 et 29 % ; la Barbade affiche un taux de pauvreté de 14 % en 1997 (Alfred, O. 2005 ; Country Poverty Assement, 2003, p. 71).

La part de la population Dominiquaise vivant en dessous du seuil de pauvreté représente 40 % de la population totale et concerne près de 29 % des ménages ; ces indicateurs sociaux sont le reflet d’un environnement économique en crise accusant une diminution constate des productions de banane et une relative stagnation des autres secteurs d’activités. Cette misère concerne près d’un enfant sur deux au sein du Commonwealth de la Dominique ou près de 37 % des ménages n’ont pas accès à l’eau courante et l’absence d’équipement sanitaire (toilette) est constatée pour 25 % des ménages (UNDP, 2002). L’île traverse de plus une crise de l’emplois avec un chômage important associé au poids de la dette du Gouvernement, autant d’élément qui accentuent la pauvreté au sein de ce territoire conduisant une partie de la population à émigrer pour d’autre pays dont 40 % des migrants vivent sur une autre île de la Caraïbe (Country Poverty Assement, 2003, p. 4). L’effondrement de la production de banane commence en partie vers la fin des années 1980 avec une production avoisinant les 70000 tonnes pour descendre en dessous des 30000 tonnes en 2000 ; les raisons de cette baisse de production, qui concerne d’autres îles comme Sainte-Lucie par exemple, est liée aux fluctuations des marchés européens mais aussi aux effets dévastateurs des ouragans qui traversent ces territoires en affectant considérablement les productions agricoles (Country Poverty Assement, 2003, p. 5). Ainsi, la fréquence des phénomènes cycloniques permettrait d’expliquer la stagnation de l’indice de pauvreté dans le cas de Saint-Kitts depuis les années 1990 ; en 2004, l’ouragan Ivan dévasta la Grenade plongeant ainsi sa population dans une détresse économique et sociale en anéantissant plusieurs années de progrès réalisés en quelques heures (Alfred, O. 2005).

Bien que la pauvreté semble être plus importante au sein des espaces ruraux, elle est tout de même moins perceptible que dans les villes où elle se manifeste de façons plus visible et même parfois avec plus de violence. Au sein des espaces ruraux, le manque d’équipements, de services et surtout les difficultés d’accès au réseau électrique, l’eau potable ou simplement à des sanitaires seront les manifestations de cette misère (Alfred, O. 2005). Toutefois, les villes des Caraïbes accueillent une population de plus en plus importante et l’urbanisation de ces petits espaces est confrontée à de nombreuses enclaves telles qu’une superficie limitée, une densification de la population mais aussi l’accentuation de la ségrégation sociale, spatiale et économique.

Les îles de la Caraïbe ont des aspects historiques, culturels et géographiques partagées mais il existe tout de même un certains déséquilibres d’un point de vue économiques et démographiques. De façon générale, l’urbanisation concerne l’ensemble de ces îles avec une évolution néanmoins contrastée d’un État à l’autre ce qui vient conforter l’idée selon laquelle ces espaces insulaires demeurent divers malgré des expériences historiques et culturelles similaires (figure 5).

Les mutations socioéconomiques observées sur ces îles ont pour effet de changer le modèle de consommation de ces espaces insulaires avec notamment le développement de nouvelles activités économiques dont l’objectif principal repose sur la diversification des secteurs d’activité avec un développement rapide du tourisme et des secteurs industriels. Le secteur agricole est globalement en crise depuis plusieurs décennies et certains territoires comme Antigua et Barbuda par exemple, la pêche et l’agriculture représentent une faible part du PIB ; l’industrie touristique est la principale source de devises étrangères. Le déclin de l’activité agricole face au développement croissant du tourisme et d’autres secteurs industriels s’accompagneront d’émigration interne, des zones rurales vers les villes, d’ouvriers à la recherche d’un emploi. De 1950 à 2005, le taux de croissance de la population urbaine sainte-lucienne est en moyenne de 2,09 % tandis que la population rurale accuse une croissance de 0,8 % pour la même période ; la population de l’île est estimée à 161000 habitants en 2005 pour une croissance constante de 1,7 %/an depuis 1950 (World Population Prospects, ONU, 2004). Bien que les sols volcaniques de cette îles soient très fertiles, la topographie limite fortement les terres exploitables pour l’agriculture à seulement 28 % ; la diminution constante des terres exploitables associées au recul du nombre d’ouvriers agricole conduit certains habitants des zones rurales à se tourner vers la principale ville de l’île, Castries (FAO, 2000). La population s’est donc concentrée dans le nord de l’île avec près de 39 % de la population autour et au sein de la Ville-port de Castries ; l’immigration interne s’est poursuivie avec le développement d’activité touristique et de zones résidentielles dans la paroisse de Gros Islet dont le petit village est devenu à ce jour une nouvelle ville au nord de Castries. Toutefois, le développement d’un complexe industriel dans la partie méridionale de l’île a permis une redistribution de la population dans cette zone et fait de Vieux Fort la seconde ville de Sainte-Lucie (PAHO, 2002).

D’autres îles présentent des taux d’urbanisation très élevé comme Anguilla avec une population urbaine de 100 % ; la superficie de cette île étant très faible (91,57 km²), il est difficile de faire la distinction entre les zones rurales et les zones urbaines (figure 5). Les sols arides de cette île ne sont pas vraiment idéals pour le développement d’une activité agricole ; le tourisme de luxe et les services financiers étant l’une des principales sources de richesse. 

 

Ces mutations socioéconomiques s’accompagnent également d’une forte représentation du secteur tertiaire qui correspond en moyenne à 71 % du PIB et une urbanisation qui concerne pratiquement tous ces États insulaires mais à des degrés différents. La part de la population urbanisée a pratiquement été multipliée par deux de 1950 à 2005 avec des variations très différentes d’une île à l’autre ; l’urbanisation concernait 27,7 % de la population martiniquaise en 1950 contre 96,7 % en 2005. La rapidité de l’urbanisation, associée à des migrations internes des campagnes à la ville pour certaines îles, s’accompagne inévitablement par un phénomène de concentration urbaine, la macrocéphalie (Filgueira, C. ; Lombardi, M. 1995).

Coastal Oil Company a loué les installations de Shell, ce qui permettra la réouverture du raffinage sur l’île en 1991 (J.Leclerc).

Notamment les phénomènes cycloniques de 1989 et 1995 avec l’ouragan Hugo et Marilyn.

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 03:49

Un essor démographique récent : reflet des homogénéités et des divergences des populations

Les observations qui sont faites sur l’espace caribéen reprennent généralement une configuration qui donne lieu à un regroupement en trois ensembles distincts constitués de la bordure continentale, des Grandes Antilles et des Petites îles de la Caraïbe ; d’autres observateurs ou scientifiques s’intéresseront à une classification d’un tout autre ordre en affichant  leur positionnement et leur déduction sur des ensembles linguistiques (l’aire linguistique associée à la langue de Miguel de Cervantès est majoritairement représenté et souvent confrontée à l’environnement anglophone, francophone et Néerlandophone). D’autres encore s’appliqueront à mettre en avant une approche qui prendra en considération des aspects politiques à travers la souveraineté ou la dépendance vis-à-vis d’un autre État.

L’espace étudié comprend les petits espaces insulaires limités par le passage d’Anegada à proximité d’Anguilla jusqu’aux îles sous-le-vent proches du Venezuela en y incluant l’État le plus méridional des Petites Antilles, Trinidad-et-Tobago.

S’il est certain qu’une grande partie des États de la Caraïbe ont une histoire commune au travers d’un passé coloniale qui semble avoir laissé des traces indélébiles dans l’esprit d’un grand nombre, l’évolution démographique de ces dernières décennies n’est pas toujours homogène suivent l’angle choisi pour cette approche avec des variations importantes d’une État à l’autre. Une typologie peut être faite dans le cadre d’une analyse de l’évolution démographique des trois entités (continentale, Grandes et Petites Antilles) ou des observations et des facteurs explicatifs sont clairement identifiés, cette approche est parfois plus délicate lorsque l’on se cantonne aux petits États insulaires de la Caraïbe.


1- Un regard sur l’évolution démographique de la Caraïbe de 1960 à 2005

Avec une superficie totale qui dépasse timidement 10000 km² pour une population qui s’élève à 3,5 millions d’habitants en 2005, ces petits États de la Caraïbe ont une densité moyenne qui atteint 265 h/km² avec des extrêmes allant de 78 h/km² pour l’île néerlandaise de Bonaire a près de 800 h/km² pour l’île de Saint-Martin dont la souveraineté se partage entre la France et les Pays-Bas (Figure 1). L’observation des densités de population à l’échelle considérée ne permet pas en revanche de vérifier une corrélation entre la superficie de ces États insulaires et la densité ; l’exemple pris par D. Pumain en 1992 sur le rapport entre la superficie des circonscriptions administratives et la densité ne se reflète pas à notre échelle. Néanmoins, en choisissant un espace plus large qui intégrerait l’ensemble de États insulaire  et continentaux de la Caraïbe, se rapport pourrait aisément être mis en exergue à travers une densité plus marquée dans les espaces insulaires

Depuis le début des années 1960 la croissance démographique des îles de la Caraïbe est très différente d’un État à un autre avec des cas que l’on peut aisément isoler par des valeurs pour le moins intéressantes. En effet, deux extrêmes se partages ces statistiques démographique entre Montserrat qui enregistre une croissance négative de - 58,3 % de 1960 à 2005, soit une croissance annuelle de -1,06 % et Aruba qui a vu sa population doublée sur la même période. De 1960 à 1980 la faible croissance démographique de cette île est en partie liée aux faibles perspectives économiques offertes aux montserratiens qui poussaient certains d’entre eux à émigrés vers la Grande-Bretagne notamment (S. W. Meditz ; D. M. Hanratty, 1987) ; la succession de catastrophe naturelle comme l’ouragan Hugo en 1989 qui dévasta l’île et les éruptions du volcan de la Soufrière, notamment celles de 1995 et 1997 qui entraina un véritable bouleversement économique et social. Près des 2/3 de la population ont quitté Montserrat pour les îles voisines comme Antigua mais aussi pour le Royaume-Uni (The World Factbook, 2006). La croissance de la population sur l’île de Saint-Kitts-Et-Nevis est également négative avec une variation annuelle de -0,29 % sur la période 1960-2005 ; contrairement à Montserrat où un phénomène naturel est en grande partie responsable d’une diminution de la population, le cas des Kitticiens et Néviciens s’explique plus précisément par un déclin de la production historique avec notamment une fermeture de la compagnie sucrière d’État Kitticienne en juillet 2005 mais aussi par les dégâts liées aux passages d’ouragans sur l’île. L’émigration est très importante sur cette île ou depuis les années 1970 presque 20 % de la population quitte cette ancienne colonie britannique à la recherche d’emplois dans des pays tels que le Canada, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou encore les autres espaces insulaires de la Caraïbe (S. W. Meditz ; D. M. Hanratty, 1987). 

Les îles d’Anguilla, de Sainte-Lucie ou encore Aruba par exemple, sont au contraire des espaces dont la population a presque doublée sur la période choisie. La population anguillaise et arubaise a été ainsi multipliée par deux de 1960 à 2005 avec une croissance annuelle qui oscille entre 1,8 et 1,9 % ; avec Sainte-Lucie, qui présente une variation de 1,43 %/an, ce sont les taux de croissance les plus élevées des espaces observés. Bien que ces trois États présentent des taux de croissance relativement homogène sur la période déterminée, il est toutefois possible de mettre en exergue des aspects divergents au sein des exemples que nous venons de prendre. Cette variation de la population n’a pas été constante d’une décennie à l’autre ; pour ne prendre qu’un exemple, de 1970 à 1980 la croissance de la population arubaise est de 5,3 %, 10 % pour la décennie suivante et 39,4 % pour la tranche 1990 à 2000.  Ce pays présente de forts attraits avec son secteur financier qui positionne en véritable paradis fiscal, mais aussi d’autres secteurs ; le tourisme a fait office de véritable stimulant pour l’économie arubaise notamment dans la construction au milieu des années 1980. Autant d’éléments associés à une politique stable qui permettent de mieux cerner la croissance arubaise des années 1990 avec des secteurs d’activités représentant une source d’emplois et de revenus importants (S. W. Meditz ; D. M. Hanratty, 1987 ; The World Factbook, 2006). Toutefois, une forte croissance démographique n’est pas forcément un signe de prospérité économique ou encore de stabilité politique. En plus de quarante ans, la population sainte-lucienne a connu une croissance annuelle de 1,43 %, passant de 90000 habitants en 1960 à près de 161000 habitants en 2005 ; le produit intérieur brut est quant à lui en-dessous de la moyenne des États de l’espace Caraïbe. Si l’évolution démographique des États insulaires de la Caraïbe, qu’ils soient indépendants ou non, présente des aspects convergents avec une croissance démographique de 0,56 % en 2005, on retiendra que ces comportements n’ont pas toujours une explication comparable et que des extrêmes sont fréquemment observables. L’insularité demeure toutefois un facteur limitant pour la croissance démographique au regard des exemples continentaux voisins qui affichent des  taux bien plus élevé dans certains cas ; la République Dominicaine enregistre une croissance moyenne annuelle de 3,9% de 1960 à 2005 (The World Factbook, 2006).

On observe un ralentissement de la croissance de la population des îles de Petites Antilles d’une décennie à l’autre ; de 1980 à 1990, le taux de croissance annuelle moyen était de 1,08 % contre 0,65 % pour la décennie suivante ce qui correspond à une augmentation de près de 190000 habitants (The World Factbook, 2006).

La transition démographique de ces îles a commencé depuis quelques  décennies maintenant et sa rapidité permet de faire une différenciation avec les variations spatiales des natalités et des mortalités dues aux évolutions démographiques distinctes des pays développés. Ainsi, le ralentissement de la croissance démographique des Petites Antilles peut donc être mis en relation avec une transition démographique avancée  pour la plupart de ces États insulaires. L’État qui déroge à cette règle dans la Caraïbe se trouve dans la partie ouest de l’île d’Hispaniola ; Haïti enregistre des natalités et des mortalités élevés avec un taux de croissance annuelle moyen modérée de sa population. La transition démographique est donc belle et bien amorcée dans la plupart des États de la Caraïbe se traduisant par une baisse de la mortalité infantile et une diminution de moitié des taux de mortalité entre les décennies allant de 1980 à 2000 (Castillo-Salgado, 2000).

La mise en place de programme de santé et leur modernisation ont permis à de nombreux États de réduire significativement certains indicateurs tels que la fertilité mais aussi la mortalité (Sanders T.G, 1983) ; des îles comme la Barbade, la Martinique ou encore Aruba sont dans une phase de transition achevée et même en période post-transitionnelle pour certains avec des indicateurs démographiques faibles. Sainte-Lucie et Grenade enregistrent des taux de natalité supérieurs à 20 ‰ avec une population de moins de 15 ans qui est respectivement de 30,3 % et 33,9 %, mais c’est Trinidad qui affiche des indicateurs les plus élevées dans l’ensemble, notamment concernant la mortalité juvénile et infantile (The World Factbook, 2006) (figure 2). Trinidad et Tobago ont bénéficié très tôt de programmes de santé publiques et d’une amélioration du système sanitaire ce qui a permis dès les années 1930 de réduire considérablement le taux de mortalité de ces îles ; la croissance démographique n’a cependant été maitrisée qu’à partir des années 1960 (Sanders T.G, 1983). Ce type de décalage est observable sur d’autres îles avec une période transitoire d’une trentaine d’année entre la réduction de la mortalité et la mise en place d’un programme de planning familial visant à réduire la natalité. Les taux de natalité élevé que l’on retrouve sur l’île de Sainte-Lucie sont à l’origine d’une forme de pression qui s’exerce au sein même de cette espace avec une migration interne des zones rurales vers la capitale avec un taux de chômage proche des 20 % en 2005 et un secteur d’activité informelle important ; l’émigration a souvent été considérée comme un moyen qui permettrait une réduction de ces difficultés (U.S. Library of Congress).

Toutefois, les États non-indépendants ont connu une transition démographique soutenue par des efforts émanant de la métropole ce qui favorisera une transition plus rapide avec une croissance démographique modérée plus précoce que certains de leurs voisins indépendants ; ces efforts sont liées le plus souvent à une amélioration des infrastructures sanitaires de ces petits États sans oublier pour autant les limitent imposées par l’insularité en matière de croissance démographique (INSEE, 2004).

L’émigration joue un rôle important pour la plupart de ces îles dont le taux de migration est souvent négatif avec certaines îles accusant un taux d’émigration nette de -13,25 ‰ en 2005 ; la Grenade, la Dominique, Trinidad ou encore Saint-Vincent font parties des îles présentant un taux d’émigration nette le plus fort (figure 2). Ces données migratoires ont une forte influence sur les comportements démographiques de ces entités insulaires avec notamment une réduction de main-d’œuvre pour les États affichant un fort taux d’émigration et des difficultés d’un ordre plus social (chômage, différents ethniques, etc.) pour ceux qui accueillent ces migrants. Le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada sont les pays les plus soumis à l’émigration des petits États insulaires Anglophones ou on peut y voir un rapprochement linguistique.  D’autres indicateurs peuvent être observés au sein de cet ensemble insulaire tel que le développement humain à travers l’IDH (indice de développement humain) mais aussi le PIB (produit intérieur brut) et le temps de mortalité infantile qui sont de bons indicateurs de développement.

L’IDH est l’indicateur de développement humain le plus fréquemment utilisé afin de réaliser une estimation du niveau de développement d’un pays. Toutefois, d’autres indicateurs peuvent être mis en relation dans le but d’affiner certains constats voire certaines corrélations entre PIB/hab. et mortalité infantile par exemple. S’il est vrai que l’IDH est un bon indicateur de développement, il n’empêche que le PIB fait parti des indices pris en compte dans le calcul de l’IDH et cet indice n’est pas exempte de défaut ; il n’est pas rare que le PIB soit détenu par petite part de la population et il n’est de ce fait pas représentatif de l’ensemble. C’est pour cela qu’il est possible d’observer le développement des pays définis à partir de l’IDH et du PIB/hab., mais aussi en prenant d’autres indices et en les confrontant, tel que la consommation électrique annuelle.

La plupart des îles de Petites Antilles présentent un IDH supérieur à la moyenne mondiale en 2002 et plus de la moitié d’entres elles ont un indicateur supérieur à la moyenne de l’Amérique Latine et de la Caraïbela Grenade se retrouvent en-dessous de cette dernière moyenne (figure 3). L’absence de données pour certaines îles (Anguilla, Aruba et Montserrat) ne permet pas de faire une analyse de complète mais ont peut néanmoins faire le constat de certains écarts qu’il s’agisse de l’IDH, du PIB, du niveau de chômage ou encore de la consommation électrique par habitant. Des îles qui ont été isolées lors de l’approche sur la transition démographique se retrouvent une nouvelle fois parmi le groupe d’île ayant un IDH le plus faible. pour la même année ; Saint-Vincent, les Antilles Néerlandaises et

Trinidad-et-Tobago, Saint-Kitts ou encore la Barbade ont un IDH supérieur à 0,8 et peut être considéré comme une valeur élevée correspondant en général aux indices que l’on retrouve dans les pays développées. Pourtant, ces îles ont un PIB/hab. qui est inférieur à 9000 $ en 2002, soit la moitié du PIB/hab. de la Martinique pour la même année (INSEE, 2004). L’intégralité des îles observées ont un IDH supérieur à la moyenne mondiale avec un PIB/hab. qui atteint juste 2900 $ pour des îles comme Saint-Vincent et les Grenadines pour être multiplier par 10 dans le cas d’Aruba qui affiche un PIB/hab. de près de 21800 $ en 2004 (The World Factbook, 2006). La consommation électrique par habitant à Saint-Vincent fait partie des plus basses 88,35 kWh/h contre 716,1 kWh/h pour l’île d’Aruba, soit une consommation huit fois plus importante pour une population qui est inférieure de moitié. Dans d’autres cas, l’IDH peut s’expliquer par des aspects économiques particuliers comme un développement important du tourisme qui représente près de la moitié du PIB de l’île d’Antigua et Barbuda ; Trinidad est également un cas original avec un secteur industriel très développé qui lui permet de se positionner en principal producteur de pétrole et de gaz des Caraïbes et influence ainsi fortement le PIB de cette île. En revanche, Trinidad accuse un taux de mortalité infantile le plus élevé avec 24,31 ‰ et près de 21 % de la population en dessous du seuil de pauvreté ; la Dominique et la Grenada affichent des taux respectivement de 30 et 32 % de leur population vivant en dessous du seuil de pauvreté.

La faiblesse de l’IDH a souvent pour corolaire celle du PIB ce qui reflète un manque de dynamisme de l’activité économique qui dépend souvent d’un secteur agricole faiblement diversifié et fortement vulnérable aux aléas climatiques. L’IDH est néanmoins supérieur à la moyenne mondiale grâce aux efforts réalisés dans les domaines sanitaires et de l’éducation avec des indices de longévité ou de scolarité corrects dans l’ensemble ; le taux d’alphabétisation moyen étant de 93 % en 2002.  En revanche, les îles ayant un IDH supérieur à 0,8 correspondent dans bien des cas à des ensembles qui ont diversifiés leur économie avec notamment l’activité touristique mais aussi des services financiers, tel qu’un système bancaire offshore. C’est le ca de Saint-Kitts et Nevis dont les revenus liés au tourisme constitue la principale source de devise étrangère ou encore la Barbade avec ces services financiers qui jouent un rôle très important dans l’activité économique de l’île. Toutefois, la répartition de ces richesses n’est pas toujours équitable et ces revenus liés au tourisme et aux services financiers bénéficient souvent à une mince couche sociale de la population (U.S. Library of Congress). Ainsi, s’il existe des évolutions contrastées en terme démographique, cela ce vérifie également sous l’angle économique.    

Il s’agit des États retenus pour cette approche géographique et non de l’ensemble des îles de la Caraïbe qui représente 25 États et territoires insulaires regroupant près de 38 millions d’habitants en 2002 (INSEE).

A titre d’exemple, la densité de la population en Guyane française est de 2 h/km², 626 h/km² à la Barbade et 1529 h/km² aux Bermudes en 2002 (INSEE). Le seul État situé sur un continent à avoir une densité relativement plus forte est le Salvador qui atteint 350 h/km².

En 1998, l’ouragan George causa pour 445 millions de $ de dégâts.

De 1960 à 2005, la population arubaise et anguillaise sont passées respectivement de 49000 à 99000 habitants sur l’île d’Aruba et de 6000 à 12000 habitants pour Anguilla (World Population Prospects, ONU, 2004).

Le PIB/hab. moyen dans l’espace Caraïbe en 2002 s’élève à 9487 $/hab. Celui de Sainte-Lucie est de 3771 $/hab. Le PIB le plus élevé étant celui des îles Caïmans (48742 $/hab.) et le plus faible est celui d’Haïti avec 354 $/hab. (INSEE 2004).

Ce type de programme fut mis en place par le Ministère de la santé et le Conseil National de la Population pour le cas de Trinidad en 1967 (Ministry of Health, and the National Population Council) (U.S. Library of Congress).

Il s’agit de la quantité d’électricité produite annuellement et exprimée en kilowatts par heure. Ces données sont indiquées en million, il faut donc lire pour 88,35 kWh/h, 88 350 000 kilowatts par heure. 

La définition du seuil de pauvreté change d’un pays à l’autre en fonction de la richesse du pays. Un pays riche aura tendances à utiliser des normes plus généreuses pour cette définition contrairement à un pays plus pauvre. 

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 03:47
Population et peuplement des Antilles d’aujourd’hui

(Populations urbaines et rurales) - le peuplement et l'occupation de l'espace dans les petites Antilles

 

Travailler sur les petites îles de la Caraïbe ne signifie pas qu’il soit nécessaire de faire abstraction de l’ensemble des autres États que l’on retrouve dans cet espace caribéen composé d’ensembles continentaux (Mexique, Guatemala, etc.), des Grandes Antilles (Cuba, la Jamaïque, etc.) et des Petites Antilles constituées de micros espaces insulaires (Saint-Vincent, Montserrat, etc.). Le poids démographique ou encore la densité et l’évolution des populations de la caraïbe manifestent toutefois de nombreuses disparités selon que l’on se positionne sur la zone continentale ou insulaire. On pourrait donc se demander s’il existe des aspects divergents ou au contraire des ressemblances entre ces micros États insulaires de la caraïbes qui sont dans bien des cas à l’antipode des observations que l’on peut faire des Grandes Antilles ainsi que de la frange continentale. L’insularité a souvent pour corolaire une exacerbation de faits observables à une échelle continentale dont les effets se traduisent par  la convergence de certains paramètres (densité plus forte, densification et macrocéphalie urbaine, économie peu diversifié, etc.).

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 15:42

Institut de Recherche pour le Développement

Université des Antilles et de la Guyane

Université d'Etat d'Haïti

 

Table ronde sur la recherche et l'enseignement du créole en Guadeloupe

28 mars 2007

Pointe-à-Pitre, Guadeloupe

Le traitement des croyances

la question du sens d’une réalité culturelle en milieu scolaire guadeloupéen

 

Marie-Hélène JACOBY-KOALY

Lien vers l’article de Marie-Hélène JACOBY-KOALY :

http://snoopy.bondy.ird.fr/ezpublish/index.php/IRDMartinique/content/download/42565/135458/version/1/file/AREC-F-Guadeloupe-08-Jacoby-Koaly.doc

1. MAGICO-RELIGIEUX ET APPRENTISSAGES SCOLAIRES

Enseignante de formation, très tôt au cours de notre carrière professionnelle, nous avons toujours été interpellée par les enfants qui avaient des difficultés d’apprentissage, mis à part les enfants qui présentaient un problème purement cognitif. Pour nous, il était devenu important de nous intéresser à d’autres causes de l’échec scolaire. Au fil des ans, et ce, à tous les niveaux de cycle du primaire mais également et surtout au niveau du milieu spécialisé, nous avons pu observer, entre autres, des comportements, des ports d’objets ou des discours qui renvoyaient à certaines croyances dont celles qui relèvent du magico-religieux.

De toutes ces observations est né un désir d’étude et d’approfondissement de la réalité pédagogique dans son rapport avec le rôle que pouvaient jouer ces croyances dans le phénomène de l’échec scolaire. En effet, nous pensons que l’échec scolaire est en étroite relation avec l’espace social dans ses multiples facettes, même lorsqu’elles se rapportent à l’insolite ou à l’inexplicable. L’intérêt central de notre exposé est lié à la place et au sens qu’occupent la pensée et certaines formes de croyances dans le fonctionnement du milieu scolaire guadeloupéen. Plus exactement, il s’agit de faire émerger dans l’école guadeloupéenne, l’existence de ce que j’ai appelé dans ma thèse une "culture cachée", à savoir de façon plus précise : les pratiques magico-religieuses.

Briser la problématique pragmatique et institutionnelle du milieu scolaire pour nous tourner vers une problématique peu habituelle et abordée, sous son aspect culturel plutôt caché, nous conduit à nous demander s’il faut traiter les croyances en milieu scolaire en tenant compte des répercussions possibles sur le plan éducatif mais également sur le plan pédagogique.

Nous pensons que la problématique de l’échec scolaire s’avère insuffisante sans la prise en compte de paramètres qui relèvent de la croyance de certains adultes qui ont recours au magico-religieux pour interpréter les malheurs et échecs (tel l’échec scolaire) surtout quand il s’agit pour eux d'un moyen de mettre en place une stratégie privilégiée qui permet d’expliquer "l’inexplicable".

Avoir un ou plusieurs enfants en échec scolaire représente un problème pour les parents mais aussi pour les enseignants. Il est donc important de prendre en compte la compréhension du rapport entre les représentations et les compétences interprétatives de ces différents acteurs face à l’échec scolaire mais également les expressions ou mots employés pour expliquer leurs comportements.

Mais d’une manière générale, qu’est-ce que le magico-religieux ? Et peut-on en faire un lien avec les apprentissages scolaires ?

Le magico-religieux serait un syncrétisme relevant de la fusion de la magie et de la religion. En milieu scolaire, les apprentissages qui renvoient au fait d’acquérir des connaissances sont évalués d’après des normes institutionnelles et débouchent soit sur l’échec, soit sur la réussite. Mais quand on évoque le magico-religieux dans son rapport avec les apprentissages scolaires, cela signifie pour certains qu’il y a échec alors que pour d’autres, cela veut dire qu’il faut aller de l’avant et montrer ses capacités… Mis à part les termes qui renvoient à l’Institution, les parents ou enseignants peuvent désigner l’échec au niveau des apprentissage en disant : "ne parle pas bien, incapable de se concentrer, ne sait pas écrire, ne sait pas lire, n’a pas l’esprit de synthèse, manque d’attention"...

Dans le cadre de ce séminaire, une des façons de vous parler de ce rapport possible entre le magico-religieux et les apprentissages scolaires est de prendre en compte le lien entre "kréol" et "kwayandis" relevées dans les entretiens sur le plan de la culture et ce, par son entrée dans la langue dans des expressions que nous allons examiner.

Au niveau des enfants

Dans l’ensemble, en terme d’effort ou d’organisation méthodologique, les enfants n’ont pas de solution pour résoudre leur problème d’échec. Ils semblent accepter leur situation et s’installent sur le plan naturel dans un processus de fatalité, alors que sur le plan magique, ils affirment être possédés par un esprit maléfique. Les enfants expliquent leur échec, dans son aspect caché des choses, et leur explication renvoie souvent à une grande confiance qu’ils accordent aux croyances parentales. Certains d’entre eux, dans leur spontanéité, parlent beaucoup de l’échec scolaire en termes de croyances.

S’adressant à l’enseignant :

- "Mme ! Il y a toujours un gros crabe qui rentre dans la maison. Ma maman a envoyé de l’ammoniaque sur lui parce que c’était un "sosyé"  pour empêcher ma sœur et moi de travailler à l’école".

- "Oui, Mme ! des fois, on voit des poules dans les "kat chimen", faut pas passer dessus, ça peut t’empêcher de travailler à l’école !"

- "Des fois, ma maman dit que je suis endiablé… Ça m’empêche de travailler".

S’adressant à un camarade :

- "Papar 'gadédzafè', c’est lui qui m’empêche de bien travailler à l’école".

Ainsi, si le terme "endiablé" est connu suivant l’individu à qui on s’adresse, ce n’est pas forcément le cas pour les termes : "sosyé", "gadédzafè" ou encore "kat chimen".

Au niveau des parents

Plusieurs éléments culturels sur les croyances ont émergé de la transcription des entretiens. En terme de solution, pour résoudre le problème de l’échec scolaire. Nous avons pu entendre :

"Je n’ai pas peur pour mon fils, an ké poté mannev"

"Je vais m’occuper sérieusement de lui"

"J’ai déjà fait des sorties, mais je vais faire des pélerinages, le faire prier".

Ici, l’expression des croyances parentales renvoient à un code langagier bien précis qui n’est pas obligatoirement compris de tous. Les termes "s’occuper sérieusement" et "faire des sorties" (par exemple, pour les examens) sont bien ancrés et inébranlables dans la culture guadeloupéenne.

Aussi, de même que le lexique de la santé prend en compte des expressions telles : "j’ai pris un saut" ou encore "j’ai un blessé" qui ne sont pas forcément comprises de tous, le lexique de la croyance magico-religieuse dans son rapport avec l’école n’aurait-il pas ici sa place ?

Au niveau des enseignants

Selon les notations relevées, pour parler d’échec scolaire, ils se réfèrent aux critères institutionnels et emploient des mots tels que : redoublement, évaluation, compétences non acquises. Faisant référence aux discours parentaux, certains enseignants n’y adhèrent pas et peuvent vous dire :

- "Je ne fais pas ces magies-là !"

- "Je ne sais pas trop… je ne m’occupe pas de cela".

Mais ce n’est pas toujours le cas, d’autres enseignants peuvent s’exprimer ainsi :

- "Avant, ma mère me donnait des bains démarrés, maintenant je prie beaucoup"

- "Ma grand-mère nous disait toujours que les gens sont jaloux et méchants, il faut se protéger contre la sorcellerie"

- "C’est bon de donner un bain de feuillages à l’enfant…"

En effet, un enseignant ne parle pas de magico-religieux, ce serait faire preuve d’irrationalité.

Deux situations se présentent alors :

- Pour les enseignants qui n’y croient pas, il serait bien qu’il y ait une formation pour apprendre le code spécifique de l’expression de certaines croyances et ce, en vue de mieux connaître les enfants qui leur sont confiés et éviter ainsi d’être méprisant vis-à-vis d’eux ou encore d’avoir un comportement hermétique.

- Pour ceux qui y croient, face à la littérature ou la philosophie, l’élève peut être confronté au monde des croyances où l’on parle de diable, diablesse ou "soucougnan", ce monde qui fait partie du pays où l’on évolue . Dans ce cas, sachant qu’on ne doit jamais priver l’individu de son imaginaire, quelle attitude l’enseignant doit-il avoir (c’est l’une des questions qui nous sont posées lors des formations en LCR et au CAPES créole).

2. EXPLICATIONS SOCIALES

S’agissant des acteurs, ils tentent de résoudre certaines épreuves rencontrées en s’inscrivant dans une histoire sociale et dans un cursus culturel qui renvoient à la classe sociale à laquelle ils appartiennent.

Ainsi, en vue de résoudre leurs problèmes, ils fonctionnent en mettant en œuvre deux aspects de la culture traditionnelle :

- la culture traditionnelle créole avec ses "ben démaré", ses "sorties" chez le " gadédzafè" mais aussi ses "termes spécifiques" ,

- la culture traditionnelle religieuse avec les pélerinages, les prières qu’ils adressent à des Saints bien précis pour qu’ils les protègent des jaloux ou pour qu’ils combattent les méchants.

Ces deux manières de considérer la culture en société créole les soulagent dans le sens où elles aident à transformer la représentation qu’ils ont du monde, particulièrement du monde scolaire. La combinaison possible de la religion et des croyances magico-religieuses ainsi que leur influence dans la culture populaire sont décelées dans les discours qui renvoient à la famille, mais aussi aux " gadédzafè" (spécialistes traditionnels). L’efficacité du résultat de la croyance tient du fait que les acteurs adultes restaurent autour de l’enfant en échec scolaire le monde magique qu’ils se créent et qui finit par les tourmenter.

Bien que d’origines différentes, les croyances ont une structure commune, et les acteurs interviewés demeurent les témoins précieux des "interprétations" que nous avons pu tirer de l’ensemble du monde créole et du groupe des relations qui se nouent autour du malheur. Leurs messages nous ont permis de tenter de mieux ausculter les réalités culturelles cachées au sein du milieu scolaire de la société guadeloupéenne et de découvrir la mise en place d’une dynamique culturelle.

Considérant l’ensemble des déclarations et comportements de la population concernée, nous nous rendons compte que la question du magico-religieux en Guadeloupe repose en grande partie sur la représentation culturelle et la valeur éducative de la croyance magique, avec des répercussions possibles en milieu scolaire (ex : "ne pas prêter ses affaires de classe", "ne pas travailler avec l’autre").

Chez les enseignants, la construction de sens des représentations et des compétences interprétatives magico-religieuses s’inscrit dans un premier temps dans un caractère ignorant, mais si on poursuit la conversation en laissant entendre que l’on est au courant de certains faits magico-religieux possibles, alors les langues se délient. En apparence, nul ne connaît rien sur la magie en milieu scolaire, mais du plus profond de soi-même, chacun peut en parler au moment où il le veut et de la manière dont il le ressent. C’est un comportement qui permet de dire que les enseignants en parlent, et quelquefois sans même s’en rendre compte. C’est ce qui nous permet d’avancer qu’ils passent d’un registre naturel à un registre magique en utilisant des mots ou expressions utilisés par les autres adultes : c’est la résonance archétype d’un code commun légué par les anciens.

Ces observations nous conduisent à terminer ce chapitre en posant la question suivante : quel message culturel la Guadeloupe transmet-elle à ceux qui, pour répondre à une préoccupation scolaire ou autre, mettent en place des stratégies cachées auxquelles il serait temps de tenter de donner une réponse basée sur la représentation, ou encore la question du sens ? C’est elle qui sûrement nous renverra directement aux vrais enjeux du milieu scolaire étroitement liés à la dynamique sociale immédiate et… future.

3. PERSPECTIVES EN MILIEU SCOLAIRE

L’intérêt d’une telle recherche nous renvoie au fait que le phénomène du magico-religieux, dans la phase de sa connaissance parlée et culturelle mais aussi dans la compréhension de son application, ne saurait se faire sans conséquences sur les mentalités et les comportements de l’ensemble des acteurs du milieu scolaire. En effet, le combat de ceux qui appliquent, le plus souvent en cachette, les pratiques magico-religieuses n’est autre que celui de ceux qui mènent un combat identitaire et ce, à des niveaux et des manières différentes.

Si certains se défendent dans le sens où ils oeuvrent pour la réussite, d’autres se défendent dans le sens où ils cherchent avant tout la protection. L’attitude des enseignants, s’inscrivent dans le modèle instauré par le système (la promotion sociale) tandis que les autres, tels les parents, s’opposent et luttent à leur manière, souvent par ignorance, contre le système scolaire.

Juste avant de terminer, j’aimerais rappeler un passage du discours du Président de la République, M. Jacques Chirac, prononcé le 30 janvier 2006 au Palais de l’Elysée : "La grandeur d’un pays, c’est d’assumer toute son histoire, avec ses pages glorieuses, mais aussi avec sa part d’ombre… C’est ainsi qu’un peuple se rassemble, qu’il devient plus uni et plus fort". De même, dans le cadre du séminaire du 24 avril 2006 dont le thème était "Enseigner la traite et l’esclavage aux Antilles", le Recteur de l’Académie de Guadeloupe, M. Alain Mïossec, demandait aux enseignants de ne négliger aucun paramètre qui s’inscrit dans la construction de l’élève même quand il s’agit de religion, de magie ou encore de sorcellerie.

Nous pensons donc que la conscientisation de la réalité scolaire dans son aspect caché est nécessaire et qu’elle devrait permettre à certains comportements d’être dépassés progressivement pour une meilleure et plus grande réussite des élèves.

Pour terminer, nous disons que prendre en compte des facteurs sociaux et se fixer comme objectif sa prise en considération dans la formation des enseignants, aideront sûrement les acteurs concernés à changer ; il ne s’agit pas de nier totalement la culture mais plutôt de créer les conditions du développement culturel du magico-religieux dans un espace donné. Et pourquoi pas celui de l’école ? C’est ce développement culturel qui à son tour deviendra le moteur de l’évolution des changements socioculturels. Ainsi, le problème de l’échec scolaire traité dans l’école autour des enjeux éducatifs et politiques avec une perspective culturelle permettrait de mieux comprendre l’existence possible de deux mondes (magique et rationnel)…

Références bibliographiques

 

Revue des Sciences Sociales de la France de l’Est

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FLAGIE A., Comprendre la dynamique de la famille antillaise pour mieux aider les enfants. Conférence du 07.01.1994 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), Autrement.

JACOBY-KOALY M.-H., Le fonctionnement scolaire à l’épreuve du magico-religieux : la question du sens d’une réalité culturelle dans le contexte guadeloupéen, Thèse de doctorat.

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RELOUZAT R., 1989, Le référent ethno-culturel dans le conte créole, Paris, l’Harmattan Schoelcher-Presses Universitaires créoles.

TOUREH F., 1986, L’imaginaire dans l’œuvre de Simone Schwarz-Bart, Paris, L’Harmattan, Coll. Recherches et Documents Monde Antillais.

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Ouvrages généraux de sciences humaines

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HARPIN S., 1985, Ecole, Magie et  Imaginaire, Dépôt légal, Fort-de-France,

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JODELET D., 1993, Les représentations "image trompeuse du réel", N°27 Avril.

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WIEVORKA M., 1997, Une société fragmentée ? Le multiculturalisme en débat, Paris : La Découverte.

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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 17:30

Sainte-Lucie : de l’île touristique tropicale à l’érosion littorale

 

Pascal SAFFACHE, Didier MOULLET

Université des Antilles et de la Guyane, campus de Schœlcher, département de géographie-aménagement, BP 7207, 97275 Schœlcher Cedex, Martinique (FWI)

 

 

Localisée dans la partie méridionale de l’arc antillais, l’île de Sainte-Lucie est circonscrite au nord par celle de la Martinique et au sud par celle de Saint Vincent. D’une superficie de 616 km2, cette île dispose de paysages diversifiés. Si les touristes recherchent traditionnellement des plages de sable blanc, à Sainte-Lucie ces dernières sont concurrencées par de nombreux autres atouts qui font la renommée écotouristique de l’île : des pitons verdoyants (recouverts d’une végétation de type ombrophile et hygrophile), des cascades, des sources hydrothermales, des sites de randonnée, etc. En réalité, ce sont les contrastes géographiques et paysagers qui rendent cette île si attachante.

 

Le nord de l’île bénéficiant d’un bioclimat relativement sec et de plans d’eau assez calmes, peut être considéré comme le cœur de l’activité touristique balnéaire traditionnelle : des hôtels et des restaurants s’y sont installés à proximité de très belles plages offrant à cette région l’aspect d’une véritable fourmilière, où se côtoient des touristes venus des quatre coins du monde. Rodney Bay participe aussi largement à la renommée de la région, car ses anses très cotées, sont fréquentées principalement par une clientèle élitiste. Le site historique de Pigeon Island attire lui aussi de nombreux visiteurs, curieux d’apprendre que les Français et les Britanniques se sont livrés ici des batailles mémorables, dans le seul but de conquérir cette place forte. Beaucoup plus populaire, Gros islet est devenu un site incontournable qui accueille tous les week-end les touristes de passage dans de grandes fêtes musicales (sounds systems).

Au nord est le paysage change radicalement, puisque les anses sablonneuses cèdent la place à des falaises rougeâtres, colonisées par une végétation xérophile (des cactus et de petits arbres marqués d’une forte anémorphose), entrecoupée d’échancrures festonnées occupées par de petits villages de pêcheurs.

 

Les paysages méridionaux se différencient profondément de ceux du nord. Ici, le relief est montagneux et culmine à 950 m. De nombreuses rivières exoréiques drainent les flancs des pitons qui évacuent vers la mer d’importants volumes de matériaux volcaniques détritiques qui participent au rechargement des plages de sable gris. Ces dernières années, le sud-ouest s’est transformé en un véritable centre écotouristique aux activités variées : randonnées dans la forêt pluviale, bains aux chutes de Canaries, séances d’observation des baleines, etc. De façon plus générale, le sud se distingue des autres régions par ses réserves côtières et ses longues plages de sable gris très fréquentées par les véliplanchistes.

 

Si cette présentation confère à l’île de Sainte-Lucie un caractère touristique quasi-idyllique, en réalité cette île est menacée par l’érosion côtière (d’origine naturelle et anthropique). Ces quinze dernières années, les nombreux ouragans qui se sont formés sur le bassin Atlantique ont libéré leur énergie sur les côtes (l’île est circonscrite par 158 km de côtes) happant d’importants volumes sédimentaires. En 1995, par exemple, lors du passage de la tempête tropicale Iris et de l’ouragan Luis, la plage de La Vigie s’est repliée sur une largeur de 11 mètres. Les nombreuses constructions anthropiques, essentiellement d’origine touristique (routes, hôtels, etc.), en limitant les échanges sableux entre le haut et le bas de plage ont participé, elles aussi, à cette érosion. Les prélèvements sableux qui ont alimenté durant de nombreuses années le secteur du bâtiment n’ont fait qu’accentuer ce processus.

Pour ne prendre qu’un exemple, le long de la côte occidentale et particulièrement au niveau de la route qui relie Pigeon Island au reste de l’île, une érosion significative est apparue. Des relevés indiquent qu’entre 1990 et 1995 le trait de côte a reculé de 10 mètres, mettant à nu les fondations de la route et celles de certaines habitations. Ces sections érodées auraient pu être réalimentées grâce aux importants volumes sédimentaires stockés au niveau des dunes côtières, mais ces dernières ont été endommagées ou détruites lors des nombreux prélèvements effectués au cours des années précédentes.

 

Bien que des solutions existent, elles ne sont pas faciles à mettre en œuvre en raison de la pluralité des facteurs érosifs. A cela s’ajoute la faiblesse économique de l’île de Sainte-Lucie, dont les recettes proviennent quasi exclusivement de l’industrie touristique (seul secteur en croissance rapide).

L’office Sainte-Lucien d’aménagement de l’espace préconise toutefois deux types d’actions :

- premièrement, la revégétalisation des espaces côtiers par l’emploi de plantes herbacées endémiques de type « Patate bord-de-mer » (Ipomea pes caprea) ou d’arbres disposant de réseaux racinaires relativement denses, comme le « Raisinier bord-de-mer » (Coccoloba uvifera) par exemple. L’objectif recherché étant de fixer durablement le substratum ammophile.

- Dans la mesure où cette première solution s’avèrerait insuffisante, l’office préconise l’emploi de structures plus lourdes tels que des digues, des brise-lames ou encore des murs de soutènement en béton armé.

Si ces infrastructures lourdes font parfois illusion, il leur arrive souvent d’accentuer les processus érosifs (le remède est alors pire que le mal) ou tout simplement d’altérer le cadre paysager, rendant le site impropre à une utilisation touristique ultérieure. Dans les deux cas, le problème du littoral Sainte-Lucien reste entier.

 

Pour tenter de résoudre ce dilemme, en 1982 le gouvernement Sainte-Lucien a adhéré au projet COSALC (UNESCO) qui vise à stabiliser les côtes et les plages des Petites Antilles. Les premières investigations n’ont fait que confirmer le constat dressé précédemment : les anses sablonneuses les plus touchées par l’érosion ont reculé en moyenne de 20 m au cours des quinze dernières années, avec des phases de pic lors du passage des ouragans. Sous l’effet de la pollution, de nombreux récifs coralliens étant en phase de nécrose, l’érosion côtière semble même s’être aggravée. De nouvelles missions d’évaluation sont actuellement en cours, dans la perspective d’une gestion intégrée des côtes et d’une réduction significative de l’érosion.

 

Bibliographie

- Dehoorne O., Nicolas F., Saffache P. 2005. Pour un tourisme durable dans la Grande Caraïbe, Études Caribéennes, 3, p. 49-56.

- Fisheries department of St Lucia, Physical planning department of St Lucia, University of Puerto Rico, Sea Grant College program, Caribbean development Bank, UNESCO. 2000. Wise practices for coping with beach erosion, St Lucia. S.L. : S.N., 10 p.

- Saffache P. 1998. L’érosion du littoral nord-ouest de l’île de la Martinique entre 1955 et 1994 : influence des paramètres physiques et anthropiques, Photo Interprétation. Images aériennes et spatiales, Vol. 36, 98/4, p. 172-177.

- Saffache P. 2004. L’ouragan Lenny : symptôme de la vulnérabilité du littoral martiniquais, Mer et Littoral, 61, p. 42-44.

- Saffache P., Jandia J., Marc J-V. 2004. Pour une gestion raisonnée du littoral martiniquais, La Géographie (Acta Geographica), n° 1513 (2004/II), p. 64-70.


 

 

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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 16:28

Pour une meilleure gestion des écosystèmes marins réunionnais

 

Pascal SAFFACHE, Didier MOULLET

Université des Antilles et de la Guyane

 

Introduction

D’une superficie de 2512 km², l’île de la Réunion se localise dans l’océan Indien (par 21°53’ de latitude sud et de 55°29’ de longitude est) et appartient à l’archipel des Mascareignes. Deux fois plus étendue que la Martinique (1100 km2), cette île est célèbre pour son volcanisme de type hawaïen, ses pluies torrentielles et ses cyclones particulièrement violents. Bien que son activité originelle soit liée à la monoculture de la canne à sucre, ce secteur est très affaibli et contrairement aux autres DOM, le développement du tourisme demeure problématique en raison de l’éloignement de l’île par rapport aux territoires susceptibles de lui fournir une clientèle aisée.  

La richesse biocénotique de cette île est intéressante pour les scientifiques et le tourisme, mais ses écosystèmes sont particulièrement menacés par des facteurs naturels et anthropiques. Cette situation s’explique en partie par une absence de politique de planification cohérente.

 

I. Des dégradations naturelles et anthropiques

A l’image de ce qui se passe actuellement à l’échelle du globe, l’île de la Réunion est soumise à des mutations éco-climatiques multiples (augmentation de la teneur en gaz carbonique dans l’atmosphère, élévation de la température de la mer, etc.) à l’origine d’une dégradation de ses écosystèmes marins. Pour ne prendre qu’un exemple, la teneur en gaz carbonique de l’atmosphère est passée de 270 ppmv en 1850 à près de 380 ppmv aujourd’hui (Barnett, 1984). Cette augmentation est à l’origine d’un accroissement de la température de l’eau de mer, sous-tendant une augmentation de la récurrence et de l’intensité des ouragans de l’ordre de 15 % environ. Cette dynamique est en cours à La Réunion, puisque le cyclone Firinga (1989), par exemple, a littéralement arasé le platier corallien de Saint-Leu ; au total, ce serait près de 20 % des platures coralliennes de l’île qui auraient été endommagées ou détruites au cours de cet épisode cyclonique (Naïm, 1989).

 

A l’inverse des phénomènes météorologiques paroxysmiques (aux manifestations ponctuelles), les dégradations anthropiques sont plus durables.

L’agriculture, par exemple, est pratiquée principalement sur les contreforts des pitons volcaniques et cette activité (pratique des labours, disparition du couvert végétal, etc.) favorise une érosion des surfaces cultivées ; les parcelles agricoles réunionnaises perdraient en moyenne, chaque année, de 10 à 100 tonnes de sédiments par hectare. Les particules terrigènes ainsi mobilisées ont pour effet de fossiliser les coraux qui dépérissent alors progressivement ; la diminution de la luminosité, liée à l’augmentation de la turbidité de l’eau de mer, sous-tend une réduction de la photosynthèse limitant le développement de la flore sous-marine.

L’agriculture n’est pas le seul facteur à l’origine de la dégradation des écosystèmes marins réunionnais, l’absence de traitement des eaux usées représente également un facteur aggravant. D’importants volumes d’eaux urbaines polluées se déversent quotidiennement dans le lagon polluant la faune et la flore sous-marines (Dutrieux, 1995) ; à cela, s’ajoutent les effluents des sucreries et des distilleries – riches en matières organiques – rejetés dans les rivières sans traitement préalable (Hoarau, 1996). Tout concours donc à ce que les platures coralliennes soient fortement nécrosées.

Bien que le tourisme soit peu développé, ses répercutions économiques sont positives : la plaisance par exemple fait partie des activités en plein essor (vente et entretien des bateaux, etc.). Cependant, il est difficile d’ignorer que cette activité est à l’origine de dégradations significatives. Lorsque les plaisanciers mouillent sur des platures coralliennes, les ancres et les chaînes accélèrent la dégradation des fonds marins en cisaillant les coraux et en arrachant les éponges brunes (Cliona inconstans) par exemple. La bio-construction des platures corallienne étant particulièrement lente, on comprend dès lors leur dynamique de repli. 

Si on ajoute à cela près de 640 professionnels de la pêche (Affaires Maritimes, 1998), dont un tiers environ pratique la plongée sous-marine et/ou la récolte de coquillages, tout concours à un effondrement programmé de la richesse spécifique marine réunionnaise.

 

II. Vers une prise de conscience collective et l’instauration de solutions durables

Face à la dégradation des écosystèmes marins réunionnais, des solutions adaptées devraient être trouvées et ces dernières pourraient être les vecteurs d’une vraie prise de conscience populaire.

Dans le but de réduire l’hyper sédimentation du lagon, il serait souhaitable d’éviter de travailler la terre durant la période pluvieuse et d’interdire les labours profonds (plus de 40 cm) réalisés de surcroît dans le sens de la pente. Des opérations de dragage pourraient aussi être menées en bordure côtière, à condition qu’elles le soient à l’aide de suceuses hydrauliques ne dégradant pas les fonds marins.

Pour tenter de pallier les pollutions côtières, les populations urbaines devraient être systématiquement raccordées à des stations d’épuration de grande capacité ; cette opération étant coûteuse - en raison de la dispersion de l’habitat - des minis stations devraient être réparties sur l’ensemble du territoire. Il s’avère donc nécessaire de planifier la gestion des pollutions urbaines.

Les effluents des distilleries devraient être stockés dans des aires de décantation, avant d’être rejetés dans les rivières ; les contrevenants pourraient faire l’objet d’amendes suffisamment élevées pour être dissuasives. Ce type de pollution pourrait aussi être jugulé par l’intermédiaire du recyclage ; certains rejets, comme la bagasse par exemple, constitue une véritable source d’énergie renouvelable qui pourrait être réintégrée sous forme de combustible dans le cycle de la production cannière. Il en est de même des vinasses qui, après traitement, pourraient donner des engrais de bonne qualité. Ces actions en faveur de l’environnement permettraient de rentrer de plein pied dans une démarche de  développement durable.

 

Conclusion

Pour pallier toutes ces nuisances, la mise en place d’une politique de planification urbaine adaptée aux phénomènes conjoncturels devrait voir le jour. Sachant par exemple que les ensembles écosystémiques  ignorent les limites communales, une démarche de coopération intercommunale devrait se développer, dans le but de définir une vraie politique d’aménagement solidaire et de protection de l’environnement.

L’élaboration d’outils pragmatiques doit aussi passer par une bonne connaissance des milieux naturels réunionnais et c’est dans cette optique que les politiques doivent faire appel à des chercheurs reconnus, dans le but d’optimiser les projets de protection. L’avenir économique et écologique de l’île de La Réunion dépendent de ces actions.

 

Bibliographie

- Barnett T.P., 1984. The estimation of “global” sea level change : a problem of uniqueness. Journal of Physical Research, 89, p. 7980-7988.

- Dutrieux E., Quod J.P., Bigot L., Hoarau S., Savelli A., Loubie S., Gayte O., Licari M.L., Letourneur Y., 1995. Sensibilité et vulnérabilité des milieux marins de l’île de la Réunion. Rapport DIREN Réunion, 136 p.

- Hoarau S., 1996. L’industrie sucrière et ses rejets en milieu aquatique à la Réunion. Rapport de Stage (Université de Metz), 30 p.

- Naïm O., 1989. Les platiers récifaux de l’île de La Réunion. Géomorphologie, contexte hydrodynamique et peuplements benthiques. Laboratoire d’Ecologie Marine (Université de La Réunion), 150 p.

 


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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 13:31

Impacts des activités agricoles sur le littoral guyanais

 

 Anne-Laure TRANSLER, Pascal SAFFACHE, Didier MOULLET

 

Introduction

L’agriculture est l’une des activités qui perturbe le plus les écosystèmes littoraux guyanais. De l’époque coloniale (où la France équinoxiale  exportait ses produits vers la métropole) à nos jours, les impacts de cette activité n’ont cessé de s’intensifier et de se diversifier.

Si de nombreuses parcelles agricoles littorales ont été attribuées par l’Etat, nombreuses sont celles qui sont occupées illégalement aujourd’hui et qui ne sont pas toujours répertoriées. En réalité, quelles que soient leurs modalités d’obtention, ces parcelles sont à l’origine de dégradations environnementales majeures. Ces aspects seront donc présentés et analysés en vue de trouver des solutions durables.

 

I. De l’époque coloniale à nos jours : croissance et diversification de l’activité agricole

Au XVIIe siècle, l’appropriation du territoire guyanais par les français se caractérisa par l’apparition de fronts pionniers situés le long de la frange côtière. Cette intrusion obligea les populations amérindiennes - évaluées à 30 000 âmes environ (Barret G., 2002) - à se replier dans des contrées éloignées. Ces populations entretenaient des rapports symbiotiques avec leur milieu, car leurs prélèvements ne dépassaient jamais la capacité naturelle de régénération des écosystèmes ; la chasse, la pêche et la cueillette constituaient alors leur principale source de subsistance. C’est l’arrivée des premiers colons qui perturba ce système.

 

La période esclavagiste (du début du XVIIe siècle à l’année 1848) fut marquée par l’émergence de nombreuses plantations. Les populations amérindiennes bénéficiant de la protection du pouvoir royal, des esclaves africains furent acheminés sur place pour cultiver le  cacao, le café, les clous de girofle, le roucou, le coton, mais surtout pour produire du sucre. Si ces exploitations n’utilisaient pas encore d’intrants chimiques, les premiers impacts observables furent une anthropisation générale de la frange côtière et un morcellement des espaces naturels. De 1830 à 1840, l’activité agricole littorale atteint son paroxysme, puisque selon l’Almanach de la Guyane française, l’exportation de cacao s’élevait à 52 tonnes en 1831, contre 23 tonnes en 1847.

 

En 1848, l’abolition de l’esclavage contribua à l’émergence d’une nouvelle société. L’artificialisation brutale du milieu se fit parallèlement à la découverte de l’or, qui incita les populations à se focaliser beaucoup plus sur les gisements que sur les productions agricoles. Quelques décennies plus tard, la fièvre de l’or s’estompant (elle se déplaça vers l’intérieur des terres), l’activité agricole côtière reprit progressivement (début XXe siècle) à la faveur d’une vague d’immigration importante.

Aujourd’hui, l’activité agricole littorale est plurielle, car elle se scinde en deux types d’activités : une agriculture traditionnelle, basée sur l’autoconsommation et caractérisée par la petitesse des parcelles d’exploitations, et une agriculture moderne, constituée essentiellement de fermes rizicoles, d’exploitations d’agrumes et de vastes surfaces d’élevage, dont les productions sont vouées à l’exportation. Entre ces deux types d’exploitations, subsistent des fermes de taille moyenne qui n’alimentent que les marchés locaux.

En définitive, quelles que soient leurs tailles, leurs modes de production et leurs modalités d’écoulement des produits, ces exploitations ont des incidences durables sur le milieu.


II. Des impacts environnementaux d’intensité variable

Le recensement agricole de 2000, indique que la SAU guyanaise totalise 23176 hectares (figure1) et compte 5318 exploitations, soit une augmentation d’un cinquième par rapport au recensement précédent (1989). La Guyane est donc le seul département français à bénéficier d’une augmentation du nombre de ses exploitations.

En 1976, la tentative d’application du Plan Vert  ne permit pas d’organiser véritablement la sphère agricole ; les exploitations se répartissent donc essentiellement le long du littoral où leurs activités sont très diversifiées. La diversité se lit également à travers les deux grands types d’agriculture pratiquée : traditionnelle et moderne. Si la taille moyenne des exploitations (4,4 ha) tend à diminuer, c’est parce que le nombre d’abattis (exploitations traditionnelles inférieures à 2 ha) augmente considérablement. Ils totalisent 13 % de la SAU et regroupent 56 % des exploitations, alors que les grandes exploitations modernes sont peu nombreuses (3 % environ), mais occupent 57 % de la SAU. Ces deux types d’agriculture évoluent distinctement et ont donc des impacts différents sur le milieu.

 

L’agriculture itinérante traditionnelle (abattis) est inquiétante, car elle croit à un rythme quasi géométrique.  En réalité, les abattis augmentent aussi vite que se développe la population « du Fleuve », dont la croissance a été évaluée à 44 % au cours de la dernière décennie. Cela se traduit par des défrichements (nettoyage du sous-bois, abattage des arbres et utilisation du brûlis) qui constituent autant de facteurs de dégradation. Les surfaces forestières déboisées, cultivées, puis abandonnées après 3 à 4 années d’exploitation, se transforment progressivement en des savanes anthropisées qui, sous l’influence de l’énergie cinétique des gouttes de pluie, libèrent de gros volumes sédimentaires en direction des fleuves et du milieu marin. Le substratum pédologique – censé supporter les cortèges floristiques – est d’autant plus fragile, que le passage répété du feu se traduit par une chute de sa fertilité, son assèchement et en définitive une dégradation de sa couche humifère arable.

L’agriculture moderne à aussi des incidences sur le milieu. L’utilisation d’engins inadaptés accélère les processus d’érosion et à cela s’ajoute l’utilisation de produits phytosanitaires, susceptibles d’engendrer des pollutions chroniques. En accord avec la Direction de l’Agriculture et de la Forêt, une enquête relative aux importations d’intrants chimiques a été réalisée par les douanes en 1997 et en 1998. Cette dernière a démontré que les importations augmentaient proportionnellement au développement des exploitations agricoles modernes : 4301 tonnes d’engrais furent importées en 1997, contre 5428 tonnes en 1998 ; 870 tonnes de produits phytosanitaires furent importées en 1997 contre 1044 en 1998. Ainsi, des engrais azotés, phosphatés et potassiques se répandent et se diffusent dans les sols guyanais, dans les fleuves et sont de ce fait susceptibles de contaminer les zones côtières.

 

A ces dégradations majeures s’ajoutent des dégradations moins visibles. L’agriculture est considérée aussi comme un facteur important de transformation des biocénoses, par le biais de la sélection d’espèces plus productives. C’est d’ailleurs ce qu’a confirmé l’opération ECEREX qui avait pour objectif d’étudier l’impact de la transformation de la forêt. Les conclusions indiquent qu’après modifications, les écosystèmes ne retrouvent ni leur structure, ni leur dynamique originelle.

 

Face à cette situation, de nombreux organismes réfléchissent à la mise en place d’outils de gestion visant à pallier les conséquences des activités agricoles.

 

III. Quelques solutions pour une agriculture durable

Face aux impacts environnementaux des activités agricoles, de nombreuses études ont été réalisées. Selon l’INRA, il demeure nécessaire de reconsidérer les concepts de production agricole, pour comprendre le fonctionnement des agroécosystèmes et pouvoir leur appliquer des moyens de gestion adaptés. Il est, en effet, possible d’affirmer que toutes les formes d’agriculture observables sur le littoral guyanais ne conviennent pas au milieu forestier. Toutefois, la culture sur brûlis et l’arboriculture traditionnelle - qui occupent largement la frange côtière - restent les deux seules pratiques susceptibles de perdurer, dans la mesure où elles répondent aux besoins des communautés indigènes. Toutefois, il convient de juguler leur grignotage spatial aléatoire et de restreindre leur utilisation de produits phytosanitaires (pour les cultures vivrières) par l’emploi d’une véritable jachère.

Pour accompagner ces politiques, l’INRA vient de mettre en place deux programmes de recherche (dont le programme ECOGER) qui ont pour objectifs de produire des connaissances relatives aux écosystèmes cultivés. Pour cela, l’interrogation majeure porte sur la dynamique de la biodiversité, sa conservation et sa valorisation. Le programme « Agriculture et Développement durable » quant à lui, s’oriente vers la conception de systèmes de production et de gestion des ressources des espaces ruraux. Les interactions entre les processus sociaux-économiques, techniques et écologiques demeurent l’axe principal d’étude.

 

Pour bénéficier d’une gestion adaptée et pertinente de l’espace littoral guyanais, des outils issus de la recherche sont employés. Par exemple, la télédétection devient indispensable pour apprécier l’évolution de la déforestation ; c’est d’ailleurs ce que pratique le laboratoire régional de télédétection de l’IRD Guyane. L’objectif principal est de développer des méthodes visant une observation du système amazonien, dans le but d’acquérir les données de bases indispensables au développement et à l’aménagement du territoire. Si la télédétection est considérée comme un indicateur adapté aux phénomènes observables, elle se heurte par contre aux propriétés atmosphériques des milieux tropicaux : une nébulosité marquée.

Les premiers résultats sont encourageants, puisqu’ils ont permis de se rendre compte que la déforestation est importante (surtout si on se projette dans les années à venir avec l’accroissement de la population), mais pas encore irréversible, dans le sens où le couvert forestier représente encore plus de 90 % de la surface du territoire guyanais. Cet exemple permet de constater que la Guyane n’est point démunie face aux activités agricoles qui occupent sa frange côtière.

 

Conclusion

En définitive, bien que les exploitations agricoles qui occupent le littoral guyanais ne cessent de croître, elles sont très étudiées et de nombreuses préconisations existent pour juguler leur expansion et leurs incidences les plus nocives.

Les nouvelles technologies laissent entrevoir un avenir meilleur pour la protection et l’aménagement des surfaces culturales côtières, en adéquation avec l’équilibre écosystémique du milieu, la production agricole originelle et plus généralement le développement durable.

 

Bibliographie

- SEPANGUY, CCEE. 1994. Acte du IIe congrès régional de l'environnement Forêt Guyanaise, Gestion de l'écosystème forestier et aménagement de l'espace régional. S.L. :  collection nature guyanaise, 244 p.

 - Sarrailh J. M. 1990. L’opération ECEREX : étude sur la mise en valeur de l’écosystème forestier guyanais après déboisement. Bois et Forêts des Tropiques, n° 219, Nogent-sur-Marne, CTFT / CIRAD, 27 p.

- Sarrailh J. M. 1991. L'évolution du milieu après déforestation : bilan de 14 années de recherche en Guyane française. Bois et forêts des Tropiques, n° 219, Nogent-sur-Marne, CIRAD, p. 31-36. 

- Turenne J. F. 1969. Déforestation et préparation du sol sur brûlis : modifications des caractères physico-chimiques de l’horizon supérieur du sol, Cayenne (GUF). ORSTOM, S.N., p. 294-304..

- Barret J.J. (dir). 2002. Atlas illustré de la Guyane. S.L. : Laboratoire de Cartographie de la Guyane - Institut d’Enseignement Supérieur de la Guyane, 219 p.

- Richard-Hansen C., Le Guen R. 2002. Guyane ou le voyage écologique, Paris : édition Roger Le Guen, Garies, 431 p.

 

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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 13:24

L’orpaillage en Guyane Française : conséquences sur les milieux rivulaires et marins

 

Didier MOULLET, Pascal SAFFACHE

Université des Antilles et de la Guyane, Campus de Schœlcher, département de géographie, BP 7207, 97275 Schœlcher Cedex, Martinique

 

Nombreux sont les explorateurs qui pensaient trouver en Guyane française la fabuleuse contrée appelée Manoa où l’or abondait. Si l’or de la Manoa n’a jamais été découvert, un premier gisement d’or fut mis à jour en 1855.

Si l’extraction aurifère est aujourd’hui l’un des moteurs de l’économie guyanaise, il n’en demeure pas moins qu’elle sous-tend d’importantes nuisances environnementales. L’activité des firmes multinationales et des PME – qui exploitent les gisements primaires – est clairement définie par des notices qui leur imposent une réhabilitation des sites après exploitation ; cela n’empêche pas pour autant les dégradations paysagères et la pollution. Cependant, des dégradations bien plus importantes sont pratiquées à l’abri des regards au cœur de la forêt guyanaise : l’orpaillage clandestin est devenu l’une des principales nuisances pour l’homme et le milieu en Guyane. Les dégradations qui sont liées à cette activité sont nombreuses (contamination mercurielle, érosion, rejet d’hydrocarbure, mise en place de décharges sauvages, etc.) et les conséquences sanitaires – notamment pour les populations riveraines – préoccupantes. 

Aussi, il faut tenter de comprendre comment de grandes quantités de mercure se retrouvent dans les fleuves et le milieu marin guyanais ; enfin, quelques pistes seront énoncées en vue d’améliorer la surveillance de ces activités clandestines.

 

*          *          *

 I. L’orpaillage clandestin : un danger pour l’homme et le milieu

Bien que l’orpaillage clandestin démarra dès la découverte des premiers gisements aurifères guyanais, son intensification pose aujourd’hui un véritable problème aux pouvoirs publics. La forêt guyanaise est, en effet, un véritable océan de verdure au sein duquel la surveillance ne peut être efficace ; les orpailleurs savent qu’ils peuvent donc y œuvrer en toute impunité. 

Les techniques qu’ils emploient sont responsables des dégradations occasionnées au milieu naturel : il y a d’abord l’action érosive qui augmente la turbidité de l’eau dans les fleuves et sous-tend le déplacement de grandes quantités de sédiments terrigènes en direction du milieu marin, favorisant la disparition de la faune et de la flore. A cela s’ajoute la contamination mercurielle ; les sols guyanais sont naturellement riches en mercure et leur lavage par les orpailleurs (dans le but d’extraire de la boue des paillettes d’or) libère ce métal sous sa forme la plus élémentaire.

Toutefois, les orpailleurs utilisent aussi du mercure pour amalgamer les paillettes d’or. Aussi, cet apport mercuriel anthropique s’associe à celui qui est libéré par l’érosion des sols. Lors de la destruction de l’amalgame, une part importante de mercure est déversée dans la nature ou se volatilise lorsque l’amalgame est chauffé ; les retombées atmosphériques se font le plus souvent à proximité des campements illégaux ; les orpailleurs clandestins sont donc sujets à ce type de pollution et de contamination.

Les populations qui vivent à proximité de ces campements sont les victimes d’une contamination encore plus forte ; celle-ci résulte de la forme la plus toxique du mercure que l’on retrouve dans les chairs des poissons.

II. La contamination mercurielle

Un processus de bio-accumulation mercurielle se développe au sein des espèces situées au bout de la chaîne trophique ; ces espèces étant celles qui sont régulièrement consommées par les populations , de nombreux riverains souffrent de paralysie ou d’une altération progressive de leur système nerveux.

Les sites d’orpaillage étant traditionnellement localisés à proximité de fleuves et ces derniers étant de nature exoréique, le milieu marin est aussi en danger ; il convient de rappeler que le transfert de la forme élémentaire du mercure à sa forme organique la plus toxique (méthylmercure) se fait en l’absence d’oxygène. Les mangroves estuariennes et/ou deltaïques sont donc des sites potentiels de bio-réaction.

A titre d’exemple, au niveau du barrage de Petit-Saut, à moins de cinq mètres de profondeur, l’oxygène se raréfie et la formation de méthylmercure est possible ; de l’amont à l’aval du barrage, des mesures ont révélé un décuplement du taux de méthylmercure (Charlet et al., 2002). Les mangroves étant présentes sur la quasi totalité du littoral guyanais, le stockage du méthylmercure au sein des sédiments vaseux semble plausible.

 

III. Des outils pour surveiller et limiter l’orpaillage clandestin

La télédétection peut être considérée comme un outil permettant de surveiller et surtout d’observer l’évolution des sites aurifères clandestins. Ces derniers augmentant la turbidité de l’eau, l’imagerie satellitaire peut détecter les fleuves où la présence de matières en suspensions est importante. Ainsi, en jouant sur la résolution et le spectre de l’image satellitale, de nombreux éléments peuvent être observés et analysés : déforestation, érosion, turbidité de l’eau, localisation et épaisseur des dépôts sédimentaires, etc.

La télédétection présente tout de même des limites, car la forêt guyanaise est vaste et les chantiers clandestins sont disséminés au sein d’un véritable océan de verdure ; il faudrait donc une périodicité plus courte entre chaque image. En outre, l’imagerie satellitaire à un coût.

 

Enfin, il s’avérerait aussi utile d’informer les orpailleurs des dangers qu’ils encourent à manipuler du mercure et l’impact que leurs rejets ont sur le milieu.

 

*          *          *

 

Bien que ces solutions ne puissent être considérées comme exclusives, elles représentent tout de même un espoir pour la sauvegarde du milieu guyanais.

 

Bibliographie

- Carmouze J.-P. et al. 2001.  Le mercure en Amazonie : rôle de l’homme et de l’environnement. Paris : IRD éditions, Collection Expertise Collégiale, 494 p.

- Charlet L., Boudou A. 2002. Cet or qui file un mauvais mercure, La recherche, 359, p. 52-59.

- Institut de Veille Sanitaire (InVS), Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM). 1994. Exposition au mercure de la population amérindienne Wayana de Guyane, enquête alimentaire, mis à jour en septembre 1997.

 

 

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