Les partisans du collectif et les membres d'un convoi de socio-professionnels décidés à faire pression pour que l'activité économique reprenne se retrouvent face à face... et la ville s'embrase.
France-Antilles Martinique 07.03.2009
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Le ton est monté hier à Fort-de-France. Différents incidents ont éclaté entre les partisans du collectif et les membres d'une délégation de socio-professionnels organisés en convoi.
Objectif premier de ce convoi, qui regroupait des salariés et des patrons de différents secteurs d'activité (dont l'agriculture), demander au préfet d'imposer la réouverture des zones d'activité, bloquées depuis le 5 février et la fin de la grève.
Pas décidé à laisser ce convoi accéder à la préfecture, le collectif a commencé par ériger des barrages aux principales entrées de la capitale.
Face à la tension, toutes les négociations ont été suspendues à la préfecture. Le collectif refuse en effet de discuter, considérant que le convoi est une provocation.
Un sérieux accrochage a ensuite eu lieu sur la rocade au niveau du radar de Trénelle et après 15 heures, des échauffourées ont éclaté entre les Terres-Sainville et Trénelle-Citron. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz-lacrymogènes.
Les violences ont ensuite gagné le reste de la capitale et en particulier la place François Mitterrand ou un tracteur, érigé en barrage a été incendié.
Quittant la préfecture, Michel Monrose a estimé qu'il s'agit « d'événements graves » qui tombent particulièrement mal parce que « « le collectif était prêt à lever les blocages » . Selon lui, il s'agit d'une provocation des chefs d'entreprises et des planteurs.
« On a été pris dans une souricière »
Du côté du« collectif des entreprises » , Jean-François Hayot estime avoir été trahi par la préfecture. Selon lui, son mouvement avait reçu l'accord du préfet pour qu'une délégation vienne lui porter un courrier. C'est en arrivant à Sainte-Thérèse que les forces de l'ordre ont interdit l'accès de la ville à son convoi.
Poursuivant sa route pour faire demi-tour au rond-point de la DDE, il aurait ensuite été pris en traquenard sur la rocade. Des membres du collectif auraient dévié la route et obligé le convoi à emprunter les ruelles de Trénelle. « On a été pris dans une souricière, il y a des gens qui ont été tabassés et leur voiture saccagées. J'ai appelé la préfecture immédiatement. Les premiers incidents ont éclaté à 13 h 20 et les gendarmes ne sont arrivés qu'à 14 h 45! » .
« La provocation a produit des effets prévisibles »
Pour Philippe Pierre-Charles, « la provocation du grand patronat béké a produit les effets qui étaient prévisibles » . Selon lui, elle « traduit la même arrogance que l'on voit dans les négociations » . Protégé, comme les autres membres du collectif, par un cordon de manifestants afin de sortir de la préfecture hier après-midi, il estime que « l'Etat doit également répondre aux revendications qui le concernent, c'est-à-dire les minimas sociaux, les pensions de retraite pour faciliter une sortie de crise » .
« Pas question de céder aux provocations »
Devant la foule des sympathisants présente à la maison des syndicats, Michel Monrose, le président du « collectif du 5 février » est revenu sur l'embrasement, au moment où les affrontements se poursuivaient dans les rues de Fort-de-France. « Les grands patrons voulaient descendre sur la ville pour nous impressionner mais ils ont pris du fer. Ils ont été pris dans la nasse avec leurs gros camions au moment même où de notre côté, nous attaquions les négociations sur la fonction publique territoriale » . Pour lui, pas question de se démobiliser. Au contraire : « ils doivent arrêter leurs provocations. Au moment où nous sommes tout prêts de la fin du conflit, nous n'avions pas besoin de ça pour finir les négociations. Elles sont suspendues aujourd'hui car il n'est pas question de céder aux pressions. Nous appelons à un rassemblement massif demain (NDLR : aujourd'hui) dès 8 heures pour faire une démonstration de force » .
Juvénal Rémir « scandalisé »
« Il y a deux poids deux mesures dans ce pays » , tonne Juvénal Rémir, président du Codema-Modef. « Les chefs d'entreprises et les salariés qui veulent travailler n'ont pas le droit de manifester! C'est déplorable pour la démocratie car je tiens à préciser qu'il ne s'agissait absolument pas d'une provocation. Je suis très touché et attristé. Plusieurs personnes qui voulaient manifester pacifiquement ont été molestées. Il ne fallait pas en arriver aux mains! S'ils (les membres du collectif du 5 février, ndlr) veulent tuer le pays, nous allons mettre la clé sous la porte. Il est déplorable aussi que les forces de l'ordre aient tant tardé à intervenir pour assurer la sécurité des chefs d'entreprises » .