Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ce blog est créé depuis le début de la grève du 5 février 2009 en Martinique et je n’ai rien d’autres à faire que de mettre en ligne des informations diverses ! Vous y trouverez de tout, de l’actualité concernant les départements français d’Amérique et bien d’autres choses !

Publicité

Des dynamiques urbaines et organisation spatiale : modèles, contrastes et nouvelles problématiques

Des dynamiques urbaines et organisation spatiale : modèles, contrastes et nouvelles problématiques

L’urbanisation est un processus qui touche les îles de la Caraïbe et est une nouvelle fois tout en contraste d’un point à l’autre avec une population urbaine de 13,8 % à Montserrat contre 76,2 % à Trinidad et Tobago ; les migrations internes jouent également un rôle très important dans la distribution géographique de la population puisque ce phénomène de concentration urbaine est observé dans la quasi-totalité de ces États à travers des villes macrocéphales où se multiplie les fonctions (figure 5).


Les îles de la Caraïbe reproduisent généralement une logique d’organisation spatiale convergente ; la Capitale pour les États souverains ou le chef-lieu pour les territoires dépendants, est habituellement localisé dans la partie occidentale de l’île qui constitue la porte d’entrée historique des colonisateurs et l’emplacement de la Capitale. Les raisons de cette localisation sont notamment climatiques par rapport à une dichotomie fondamentale entre la côte au vent qui est soumise à l’énergie de la houle et des alizés, à l’opposé de la côte sous le vent qui est moins exposée donc plus hospitalière au développement d’une ville-port. Par la suite, cet emplacement aura un effet sur l’évolution de ces villes car elles conserveront généralement une position multifonctionnelle avec un rôle à la fois d’interface maritime par le biais notamment d’une littoralisation des activités et le développement de la zone portuaire, mais aussi par sa position sur le plan administratif et économique ; l’effet polarisant de la ville-port a pour conséquence de favoriser des flux centripètes de migration des zones rurales vers les secteurs urbains de la Capitale et de son agglomération.

Ces migrations internes permettent de comprendre en parti certaines dynamiques socio-spatiales mais également les phénomènes de concentration autour de ces villes macrocéphales où l’on retrouve parfois près de 50 % de la population de l’île, comme c’est le cas à la Barbade avec la ville prospère à l’architecture moderne de Bridgetown et sa zone agglomérée.

Ainsi, une grande majorité de ces îles affichent une forte population urbanisée autour d’une Capitale-port qui détient le plus souvent de multiples fonctions (politico-administratives, économiques, commerciales, technologiques, etc.) et il n’est pas rare que ce processus de concentration urbaine s’étende sur plusieurs divisions administratives constituant de ce fait une zone agglomérée ; la distribution géographique de la population peut parfois s’organiser avec deux pôles urbains comme en Guadeloupe par exemple ou l’on retrouve un pôle politico-administratifs représenté par le Chef-lieu en Basse-Terre et un pôle économique qui se matérialise par l’agglomération pointoise. La capitale est généralement située dans une rade ou une baie, l’agglomération se développant par la suite en forme d’anneaux semis concentriques, partant du cœur de la Ville-port vers la périphérie. Seule l’île de Saba s’oppose à cette représentation, l’urbanisation s’organisant au centre de l’île où la capitale The Bottom s’est développée ; le relief de cette île est très accidenté et son littoral est constitué de falaise avec de rares plages constituées de galets, comme celle de Cove Bay à proximité de l’aéroport. Ces capitales portuaires regroupent en moyenne près de la moitié de la population. Bridgetown, capitale de la Barbade compte 52,9 % de la population de l’île et s’étend sur trois paroisses ; Saint-Micheal ou se trouve le cœur de la ville avec près de 97000 habitants pour une densité de 2500 hab. /km², Christ Church qui compte 47000 âmes et Saint-James avec une population de 21000 individus. Cette distribution géographique composée d’une capitale-port souvent hypertrophiée et une périphérie littorale qui s’oppose au centre montagneux de l’île s’accompagne de flux internes qui convergent vers la Capitale ; la polarisation de ces flux par la ville-port est fréquente au sein de ces espaces insulaires.

L’urbanisation est donc un phénomène de plus en plus important depuis le milieu des années 1950 où elle concernait en moyenne 40 % de la population totale contre près de 60 % en 2005 avec un taux de croissance annuel moyen de 1,47 % ; les divisions administratives les plus fortement urbanisées et peuplées sont généralement celles qui accueillent la Capitale (figure 5). Cette dernière    remplie de nombreuses fonctions comme celle d’interface maritime ou encore de pôle politico-administratif et économique, ce qui amplifie l’attractivité de cet ensemble urbain sur le reste de l’île, révélant ainsi une hypertrophie urbaine.


Les grandes zones urbanisées de la Caraïbe correspondent généralement à la ville-capitale autour de laquelle s’est développé un espace aggloméré qui peut s’étendre dans certains cas de figures sur plusieurs divisions administratives. La taille des ces États insulaires est en de nombreux points une contrainte pour de le développement horizontal de ces espaces urbains ce qui conduit à une formation de ville compacte sur le littorale ; l’étalement de ces villes-capitales est donc limité par la superficie du site ou s’est établit cette porte d’entrée historique pour les colonisateurs. L’étalement des villes est d’autant plus contrarié par la topographie généralement accidentée d’une île à l’autre en passant ainsi d’un espace relativement accessible avec peu de relief sur le littoral qui s’associe à la périphérie insulaire, à l’intérieur de l’île au relief varié et bien souvent accidenté.

L’architecture urbaine conserve souvent des vestiges de l’époque coloniale ou l’on retrouve dans certaines villes des bâtiments et des maisons parfaitement rénovés sur la base des modèles architecturaux de cette époque ; The Valley par exemple, capitale de l’île d’Anguilla, possède peu de modèle témoignant de l’architecture coloniale du fait de la relocalisation de l’administration coloniale en 1825 sur l’île de Saint-Kitts (Encyclopædia Britannica).

La structure urbaine de ces villes est bien souvent la même et il n’est as rare de retrouver une configuration convergente entre chaque île, le site de la Capitale se trouve dans une baie ou le colonisateur n’hésitera pas à s’établir dans des zones marécageuses ; cette configuration est fréquente et il n’est pas rare de voir une extension ou la construction de certains équipements directement au sein des zones de mangroves du fait du manque de place pour le développement d’une ville ou encore la construction d’un port de plaisance, d’hôtels ou le développement des sites d’extractions de granulats comme en Martinique par exemple.

Le plan hippodamien de la plupart de ces villes, autrement appelé plan en damier, est une distribution de rues rectilignes se croisant à angle droit et censé permettre une organisation rationnelle de l’espace urbain. Des villes comme Port-of-Spain, Castries, Roseau ou encore Basse-Terre (Guadeloupe) sont autant d’exemple ou l’on retrouve un plan en damier qui est à l’origine d’une grande partie des villes fondées par les Européens à l’époque de la colonisation. Cette distribution présente tout de même des inconvénients du fait d’un allongement des temps de trajets, des complications liées à la topographie et surtout en matière de lisibilité de ces espaces urbains ; dans le cas de Roseau ou de Castries pour ne prendre que ces exemples, le plan en Damier donne à ces villes une forte illisibilité du fait d’un manque de régularité dans la dimension des différents blocs. Kingstown (Saint-Vincent) et Castries (Sainte-Lucie) sont composées de 50 à 60 blocs sur 0,4 km² contre 80 blocs sur une superficie de 0,3 km² pour Roseau (Dominique).

On peut constater que ces plans hippodamiens ne sont pas très étendus et l’irrégularité dans la dimension des blocs accentue le manque de lisibilité globale de la ville. Le centre de Roseau est très compact avec un plan en damier qui correspond à un rectangle entre 500 et 600 mètres et constitué de blocs très petit de 25 à 30 mètres sur le front de mer, jusqu’à 80 à 180 mètres à la périphérie (Lipsanen, N. 2001). Les pressions engendrées par ces villes sur un espace naturel fragilisé continuellement par les actions de l’homme sont une nouvelle fois amplifier par la présence de ces villes sur le littoral et est révélateur de difficultés de gestions et de rationalisation de ces espaces urbains ; un processus concurrentiel s’installe entre la ville principale et sa périphérie, mais ont peu également observer dans de nombreux cas une séparations nette entre les zones urbaines et les zones rurales.              

L’urbanisation des îles de la Caraïbe est un processus à multiple facettes qui renvoi à un certain nombre de logique telles que l’exode rural, mais qui reflète également d’autres aspects liés à ce développement urbain ; si la macrocéphalie est considérée comme étant l’un de ces aspects, d’autres phénomènes évolutifs tendent à s’amplifier tels que des états de séparations sociales ou économiques.

L’exode rural est un élément qui permet de comprendre l’urbanisation rapide sur ces îles, donc cette urbanisation est liée en partie à des migrations des secteurs ruraux en direction des zones urbaines par nue population en quête d’emploi ; l’activité agricole est dans bien des situations moribondes et l’espoir de trouver un travail semble plus prometteur en ville. Ces villes voient ainsi arrivées un véritable excédant rural de pauvreté dans ses murs mais la capacité sociale d’intégration de ces zones urbaines ne permet pas d’absorber l’ensemble de l’emploi productif, ce qui conduit à une augmentation croissante de la pauvreté urbaine tout en accentuant la séparation économique et sociale entre le rural et l’urbain (Filgueira, C. ; Lombardi, M. 1995). Les zones urbaines deviennent de se fait de véritables îlots de pauvreté qui absorbe  des flux d’immigrants internes à la recherche d’un emploi ; à Castries par exemple, la population se concentre dans la partie nord de l’île ou l’on retrouve de nombreuses activités économiques ce qui contribue à initier des flux internes des campagnes à la ville. Quand cette alternative ne permet toujours pas de trouver un emploi pour ces population de l’île, une seule solution se présente à travers une émigration vers d’autres États insulaires de la Caraïbe plus développés ou encore des pays tels que le Canada, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni.

Les disparités régionales sont nombreuses au sein de ces espaces insulaires, la polarisation exercée par le secteur urbain sur le reste du territoire ne fait qu’accentuer ces déséquilibres régionaux ; d’un point de vu général, la pauvreté était plus importante au sein des campagnes mais la rapidité de l’urbanisation et l’exode rural ont conduit à un relatif équilibre entre les indices de pauvreté urbaine-rural (Bouillon, César P. ; Buvinic M. 2003). Toutefois, cela ne se vérifie pour l’ensemble des îles de la Caraïbe puisque la pauvreté n’est pas égale entre la ville et la campagne à la Dominique ; la pauvreté existe dans les zones rurales et urbaines, mais ¾ des ménages concernés sont dans les campagnes du Commonwealth de la Dominique. Le quart restant se réparti au sein des deux principaux pôles urbains, Roseau et Portsmouth (Country Poverty Assement, 2003). Cette pauvreté urbaine est néanmoins plus flagrante qu’au sein des campagnes.

La distinction entre pauvreté rurale et urbaine semble donc être très importante et il est possible d’identifier certains aspects qui témoignent des ces différences ; la pauvreté rurale se manifeste le plus souvent par des difficultés plus fortes en matière d’accès à des services de santé ou encore d’éducation avec un manque d’infrastructures en générale. Au sein des villes, les manifestations de la pauvreté sont plus violentes et la population concernée est habituellement plus vulnérable ; la situation du marché du travail est un facteur important pour les ménages aux revenus moyens qui doivent affrontés les problèmes sociaux qui les entoure, mais aussi une criminalité plus forte que dans les campagnes. Bien que la criminalité affecte en générale toutes les catégories socioprofessionnelles, les pauvres sont plus vulnérables et plus exposés à celle-ci en milieu urbain, dessinant ainsi des quartiers bien distincts dans certaines villes (World Bank, n°366). La monté de la criminalité implique la mise en place de système de protection pour les particuliers correspondants à une catégorie sociale plus aisée, mais cela est valable également dans des secteurs tels que le tourisme ou les hôteliers doivent garantir la sécurité d’une clientèle très frileuse face à ce type de problèmes sociaux ; les coûts engendrés par la criminalité et la violence ont pour conséquence une redéfinition de certains quartiers de la villes, mais aussi une fuite des centres urbains des ménages au revenu aisé pour la périphérie. La population résidant dans le centre-ville de Roseau le soir (Central district of Roseau) n’est pas très importante et les lieux de résidence se trouvent essentiellement en dehors du centre, dans la périphérie ; Newtown et Potter’s Ville constituent en quelque sorte une forme d’ancienne zone périphérique datant de la fin du XVIIIème siècle (old Suburbs). Aujourd’hui, des villes comme Goodwill et Bath Estate datent respectivement des années 1950 et 1980, elles constituent d’une certaine manière la nouvelle périphérie résidentielle de la Capitale du Commonwealth de la Dominique (Lipsanen, N, 2001).

A l’image de bien des centres urbains des Antilles , l’exemple de Roseau est intéressant dans le sens ou cet espace urbain  n’est pas très étendu et présente à ce jour des quartiers biens distincts qui se différencie par des critères socioéconomiques bien définis ; le centre-ville (The central district of Roseau) n’accueil que très peu de résidants et les activités nocturnes se limitent le plus souvent à une faible activité commerciale en temps normale. Des zones de banlieues se sont développées autour de ce centre urbain dès le début du XIXème siècle avec l’établissement de Potter’s Ville ou de Newtown ; par la suite, la nouvelle banlieue mise en œuvre en 1959 fera l’objet d’un véritable projet immobilier qui débouchera sur la construction d’un ensemble d’une quarantaine de maisons avec le quartier de Goodwill (figure 6). L’idée initiale de ce projet immobilier était le désengorgement du secteur de Potter’s Ville ; on peut voir très clairement que la zone de Goodwill respect un plan précis à travers son réseau de voirie avec deux principaux axes et un axe mineur, respectivement Federation Drive et Charles Avenue suivis de Winston Lane  (Lipsanen, N, 8.3, 2001). Ce nouveau quartier accueil toutefois une partie de la population aisée de Roseau avec une hiérarchisation indirecte qui s’opère des parties les plus basses aux parties les plus hautes de ce district ; on retrouve à Lower Goodwill des maisons individuelle mais sans jardin privé reflétant une population de classe moyenne, tandis que les hauts de ce districts (Upper Goodwill) accueil des résidants plus aisés au sein d’un quartier qui est également mieux organisé. La présence de villa de luxe peut être observé dans les hauteurs du district de Goodwill à Saint Aromant sur Eden’s Lane. Goodwill a fait donc l’objet d’un « programme d’aménagement concerté » dans le courant des années 1950 sur l’île de la Dominique et les fondements de ce programme consistaient  au développement du logement faisant suite au rachat par le Gouvernement de l’époque de ces parcelles qui allait devenir la nouvelle banlieue de Roseau (Honychurch, L. 2004) ; un des éléments de ce programme était également fondé sur un développement rationnel de l’habitat dans cette zone afin de ne pas reproduire le même schéma que Potter’s Ville, l’ancienne banlieue. Potter’s Ville et Newtown font parties des plus vieilles villes de la Dominique dont la construction remonte au XVIIIème siècle ; les Britannique avait pour objectif de faire de la ville de Newtown la nouvelle Capitale de la Colonie qu’ils décidèrent d’appeler Charlotte Ville (figure 6). Cette ville est séparée en deux par la route de Victoria Street et c’est le long de cette dernière que s’organise l’essentiel des activités commerçantes au sein de cette périphérie de Roseau ou la réputation s’affiche par la violence et le chômage ; les populations vivant dans ces quartiers sont généralement des communautés de pêcheurs (Lipsanen, N, 2001). Potter’s Ville reflète grossièrement les mêmes aspects que Newtown mais à la différence près, la communauté de pêcheurs y est bien plus importante et malgré la présence d’activités commerciales secondaires, la pauvreté y est également présente (figure 6).

S’il y a bien un phénomène de ségrégation socio-spatiale entre les zones rurales et les secteurs urbains, on peut observer  également au sein des villes des séparations économiques ou sociales avec la définition de quartiers biens distincts les uns des autres. Les inégalités socio-économique et les phénomènes de ségrégation sont en partis liés à plusieurs facteurs ; l’histoire Coloniale instaure un avant goût de cette situation à travers un fonctionnement particulier ou les séparations sont monnaies courantes. Mais à ce jour, des facteurs démographiques et économiques sont certainement les principaux moteurs de ce processus ségrégatif sur ces îles ; les différents secteurs portant l’économie de ces îles ne pouvant pas absorber l’intégralité d’une main d’œuvre provenant d’une économie agricole périclitant, se voit dans l’obligation de refuser un grand nombre de ces demandeurs d’emplois. Le tourisme et les services financiers sont le plus souvent les secteurs d’activités les plus prometteurs au sein de ces économies insulaires, mais ces secteurs sont insuffisant pour répondre à la demande du marché du travail ce qui  permet de comprendre l’importance des taux d’émigration sur certaines îles telles que la Grenade, la Dominique, Trinidad ou encore Saint-Vincent. L’absence d’emploi conjuguée à une croissance démographique positive contribuent à une forme d’exclusion sociale et accentuent aussi les déséquilibres régionaux internes (rurale/urbain), mais aussi à une échelle régionale plus importante en incluant les autres États de la Caraïbe. Ces inégalités se traduisent par une distribution déséquilibrées des ressources à un niveau tant régional qu’au sein même de la population à travers des différences de revenus. Les causes sont donc très complexes car elles sont attribuables à de nombreux facteurs que l’on peut mettre en corrélation ; l’instabilité macro-économique, une croissance économique en baisse ou négative, l’incapacité du marché du travail à répondre à toutes les demandes, une productivité faible et la faiblesse des salaires associé à un recul de la qualité des services sociaux sont autant de facteurs qu’il faut prendre en considération (World Bank, n°366).

Ces inégalités régionales que l’on peut observer au niveau des secteurs économiques ais aussi entre les groupes socio-économiques accentuent un véritable processus de fragmentation régionale et sociale.  

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article