Ce blog est créé depuis le début de la grève du 5 février 2009 en Martinique et je n’ai rien d’autres à faire que de mettre en ligne des informations diverses ! Vous y trouverez de tout, de l’actualité concernant les départements français d’Amérique et bien d’autres choses !
Pour une meilleure gestion des écosystèmes marins réunionnais
Pascal SAFFACHE, Didier MOULLET
Université des Antilles et de la Guyane
Introduction
D’une superficie de 2512 km², l’île de la Réunion se localise dans l’océan Indien (par 21°53’ de latitude sud et de 55°29’ de longitude est) et appartient à l’archipel des Mascareignes. Deux fois plus étendue que la Martinique (1100 km2), cette île est célèbre pour son volcanisme de type hawaïen, ses pluies torrentielles et ses cyclones particulièrement violents. Bien que son activité originelle soit liée à la monoculture de la canne à sucre, ce secteur est très affaibli et contrairement aux autres DOM, le développement du tourisme demeure problématique en raison de l’éloignement de l’île par rapport aux territoires susceptibles de lui fournir une clientèle aisée.
La richesse biocénotique de cette île est intéressante pour les scientifiques et le tourisme, mais ses écosystèmes sont particulièrement menacés par des facteurs naturels et anthropiques. Cette situation s’explique en partie par une absence de politique de planification cohérente.
I. Des dégradations naturelles et anthropiques
A l’image de ce qui se passe actuellement à l’échelle du globe, l’île de la Réunion est soumise à des mutations éco-climatiques multiples (augmentation de la teneur en gaz carbonique dans l’atmosphère, élévation de la température de la mer, etc.) à l’origine d’une dégradation de ses écosystèmes marins. Pour ne prendre qu’un exemple, la teneur en gaz carbonique de l’atmosphère est passée de 270 ppmv en 1850 à près de 380 ppmv aujourd’hui (Barnett, 1984). Cette augmentation est à l’origine d’un accroissement de la température de l’eau de mer, sous-tendant une augmentation de la récurrence et de l’intensité des ouragans de l’ordre de 15 % environ. Cette dynamique est en cours à La Réunion, puisque le cyclone Firinga (1989), par exemple, a littéralement arasé le platier corallien de Saint-Leu ; au total, ce serait près de 20 % des platures coralliennes de l’île qui auraient été endommagées ou détruites au cours de cet épisode cyclonique (Naïm, 1989).
A l’inverse des phénomènes météorologiques paroxysmiques (aux manifestations ponctuelles), les dégradations anthropiques sont plus durables.
L’agriculture, par exemple, est pratiquée principalement sur les contreforts des pitons volcaniques et cette activité (pratique des labours, disparition du couvert végétal, etc.) favorise une érosion des surfaces cultivées ; les parcelles agricoles réunionnaises perdraient en moyenne, chaque année, de 10 à 100 tonnes de sédiments par hectare. Les particules terrigènes ainsi mobilisées ont pour effet de fossiliser les coraux qui dépérissent alors progressivement ; la diminution de la luminosité, liée à l’augmentation de la turbidité de l’eau de mer, sous-tend une réduction de la photosynthèse limitant le développement de la flore sous-marine.
L’agriculture n’est pas le seul facteur à l’origine de la dégradation des écosystèmes marins réunionnais, l’absence de traitement des eaux usées représente également un facteur aggravant. D’importants volumes d’eaux urbaines polluées se déversent quotidiennement dans le lagon polluant la faune et la flore sous-marines (Dutrieux, 1995) ; à cela, s’ajoutent les effluents des sucreries et des distilleries – riches en matières organiques – rejetés dans les rivières sans traitement préalable (Hoarau, 1996). Tout concours donc à ce que les platures coralliennes soient fortement nécrosées.
Bien que le tourisme soit peu développé, ses répercutions économiques sont positives : la plaisance par exemple fait partie des activités en plein essor (vente et entretien des bateaux, etc.). Cependant, il est difficile d’ignorer que cette activité est à l’origine de dégradations significatives. Lorsque les plaisanciers mouillent sur des platures coralliennes, les ancres et les chaînes accélèrent la dégradation des fonds marins en cisaillant les coraux et en arrachant les éponges brunes (Cliona inconstans) par exemple. La bio-construction des platures corallienne étant particulièrement lente, on comprend dès lors leur dynamique de repli.
Si on ajoute à cela près de 640 professionnels de la pêche (Affaires Maritimes, 1998), dont un tiers environ pratique la plongée sous-marine et/ou la récolte de coquillages, tout concours à un effondrement programmé de la richesse spécifique marine réunionnaise.
II. Vers une prise de conscience collective et l’instauration de solutions durables
Face à la dégradation des écosystèmes marins réunionnais, des solutions adaptées devraient être trouvées et ces dernières pourraient être les vecteurs d’une vraie prise de conscience populaire.
Dans le but de réduire l’hyper sédimentation du lagon, il serait souhaitable d’éviter de travailler la terre durant la période pluvieuse et d’interdire les labours profonds (plus de 40 cm) réalisés de surcroît dans le sens de la pente. Des opérations de dragage pourraient aussi être menées en bordure côtière, à condition qu’elles le soient à l’aide de suceuses hydrauliques ne dégradant pas les fonds marins.
Pour tenter de pallier les pollutions côtières, les populations urbaines devraient être systématiquement raccordées à des stations d’épuration de grande capacité ; cette opération étant coûteuse - en raison de la dispersion de l’habitat - des minis stations devraient être réparties sur l’ensemble du territoire. Il s’avère donc nécessaire de planifier la gestion des pollutions urbaines.
Les effluents des distilleries devraient être stockés dans des aires de décantation, avant d’être rejetés dans les rivières ; les contrevenants pourraient faire l’objet d’amendes suffisamment élevées pour être dissuasives. Ce type de pollution pourrait aussi être jugulé par l’intermédiaire du recyclage ; certains rejets, comme la bagasse par exemple, constitue une véritable source d’énergie renouvelable qui pourrait être réintégrée sous forme de combustible dans le cycle de la production cannière. Il en est de même des vinasses qui, après traitement, pourraient donner des engrais de bonne qualité. Ces actions en faveur de l’environnement permettraient de rentrer de plein pied dans une démarche de développement durable.
Conclusion
Pour pallier toutes ces nuisances, la mise en place d’une politique de planification urbaine adaptée aux phénomènes conjoncturels devrait voir le jour. Sachant par exemple que les ensembles écosystémiques ignorent les limites communales, une démarche de coopération intercommunale devrait se développer, dans le but de définir une vraie politique d’aménagement solidaire et de protection de l’environnement.
L’élaboration d’outils pragmatiques doit aussi passer par une bonne connaissance des milieux naturels réunionnais et c’est dans cette optique que les politiques doivent faire appel à des chercheurs reconnus, dans le but d’optimiser les projets de protection. L’avenir économique et écologique de l’île de La Réunion dépendent de ces actions.
Bibliographie
- Barnett T.P., 1984. The estimation of “global” sea level change : a problem of uniqueness. Journal of Physical Research, 89, p. 7980-7988.
- Dutrieux E., Quod J.P., Bigot L., Hoarau S., Savelli A., Loubie S., Gayte O., Licari M.L., Letourneur Y., 1995. Sensibilité et vulnérabilité des milieux marins de l’île de la Réunion. Rapport DIREN Réunion, 136 p.
- Hoarau S., 1996. L’industrie sucrière et ses rejets en milieu aquatique à la Réunion. Rapport de Stage (Université de Metz), 30 p.
- Naïm O., 1989. Les platiers récifaux de l’île de La Réunion. Géomorphologie, contexte hydrodynamique et peuplements benthiques. Laboratoire d’Ecologie Marine (Université de La Réunion), 150 p.
